Dictionnaire des citations


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A Avertissement au lecteur concernant nos dictionnaires

Les textes cités ici ne renvoient en rien à notre propre pensée (qui s'exprime, par contre, dans nos écrits mis en ligne sur ce site), mais uniquement aux prises de position de leur auteur. Ils témoignent toutefois des centres d'intérêt et des choix subjectifs qui sont les nôtres et sont parfois accompagnés de notes personnelles. Ces textes sont, tantôt contradictoires, tantôt complémentaires, tantôt sans rapport aucun entre eux ; d'une très grande gravité aussi parfois ou, tout au contraire, d'une très grande légèreté, voire d'une immense bêtise.

Bien que provenant de médias conventionnels (livres, revues et journaux en vente libre et, assez souvent, "grand public", radio, télévision, etc.), ils sont aussi, selon nous, dans certains cas, d'une très grande violence verbale. Comme le font eux-mêmes les éditeurs et les réalisateurs, nous y faisons pourtant référence pour leur caractère édifiant, donc par refus d'angélisme. 

Ajoutons enfin, avant de clore, que ce travail de recherches est pensé à la fois, et comme un work in progress, et comme une oeuvre ouverte.

Jean-Marie Sauvage

abstraction

"[...] armée, nation, église, peuple, classe, prolétariat, famille, marché... voilà des abstractions volant au-dessus des têtes comme des fétiches de carton. Incarnées [...] ? Certes [...], sauf que cette chair humaine, loin de vivre, devait souffrir et mourir. Sanguinaires, ces appartenances exigeaient que chacun fît sacrifice de sa vie : martyrs suppliciés, femmes lapidées, hérétiques brûlés vifs, prétendues sorcières immolées sur des bûchers, voilà pour les églises et le droit ; soldats inconnus alignés par milliers dans les cimetières militaires, sur lesquels parfois se penchent, avec componction, quelques dignitaires, listes longues de noms sur les monuments aux morts - en 14-18 presque toute la paysannerie -, voilà pour la Patrie ; camps d'extermination et goulags, voilà pour la théorie folle des "races" et la lutte des classes ; quant à la famille, elle abrite la moitié des crimes, une femme mourant chaque jour des sévices du mari ou de l'amant ; et voici pour le marché : plus d'un tiers des humains souffrent de la faim - un Petit Poucet en meurt toutes les minutes - pendant que les nantis font régime. Même vos assistances ne croissent, dans votre société du spectacle, qu'avec le nombre des cadavres exhibés, vos récits avec les crimes relatés, puisque, pour vous, une bonne nouvelle ne constitue pas une nouvelle. Depuis quelques cent ans, nous comptons ces morts de toutes sortes par centaines de millions."

Michel Serres : petite poucette, Ed. Le Pommier, col. "Manifestes", 2012, p. 61.

absurdité

"En politique, une absurdité n'est pas un obstacle."

Napoléon Ier (1769-1821)

SOURCE : Le Monde. 200 pensées à méditer avant d'aller voter, Omnibus/Le Monde, mars 2017, p. 22.

abus

"Abusus non tollit usum."

Maxime de l'ancien droit. L'abus que l'on peut faire d'une chose ne doit pas forcer nécessairement de s'en abstenir.

Pages roses du Petit Larousse illustré 2014, Larousse, 2013, p. 1224.

ACAB

"ACAB. Pour "All cops are bastards (1)". Soit "Tous les flics sont des salauds". L'acronyme haineux qui sert de cri de ralliement à la mouvance anarcho-autonome est tagué couleur rouge sang depuis plusieurs semaines sur les murs des centres-villes, dans le sillage des émeutes qui débordent le mouvement contre le projet El Khomri (2), partout en France. "Les manifestations de jeunes casseurs oisifs et d'étudiants ont laissé place à des guérillas de casseurs professionnels, cagoulés, équipés et armés, explique Patrice Ribeiro, secrétaire général du syndicat Synergie Officiers (3). A Rennes, nos collègues ont ainsi essuyés des jets de boules de pétanques avec des lames de couteaux soudés dessus. Il y a la volonté de mutiler et de tuer !", s'inquiète le commandant de police."

Extrait de l'article d'Amaury Brelet : "Sous les pavés, la police" in le dossier de Valeurs actuelles (4) n° 4146 du 12 au 18 mai 2016 intitulé : Le poison gauchiste une maladie française, p. 28. 

NOTE JMS :

(1) bastard : 1. bâtard, -arde ; enfant naturel . 2. corrompu, bâtard. 3. salaud. Réf. : Harrap's new shorter. Dictionnaire Anglais-Français/Français-Anglais, Harrap Limited, London, 1982.

(2) Myriam El Khomry : femme politique franco-marocaine née en 1978. Ministre du Travail, de l'Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social depuis le 2 septembre 2015. Début 2016, elle est chargée de présenter un projet de loi réformant la législation relative au travail, avec notamment une flexibilisation du temps de travail. Ce projet de loi pourrait intégrer l'essentiel d'un autre projet de loi, celui préparé par Emmanuel Macron et nommé : Nouvelles opportunités économiques. Emmanuel Macron, né en 1977, a été nommé Ministre de l'Industrie, de l'Economie et du Numérique le 26 août 2014.

(3) Synergie Officiers est l'un des deux principaux syndicats d'officiers de police français. Ses positions sont souvent jugées proches de la droite.

(4) Valeurs actuelles est un hebdomadaire français de droite créé en 1966. Sa ligne éditoriale est essentiellement libérale-conservatrice.

académie

"Dans nos temps barbares, lorsque les Francs, les Germains, les Bretons, les Lombards, les Mozarabes espagnols ne savaient ni lire, ni écrire, on institua des écoles, des universités, composées presque toutes d'ecclésiastiques qui, ne sachant que leur jargon, enseignèrent ce jargon à ceux qui voulurent l'apprendre. Les académies ne sont venues que longtemps après ; elles ont méprisé les sottises des écoles, mais elles n'ont pas toujours osé s'élever contre elles, parce qu'il y a des sottises qu'on respecte, attendu qu'elles tiennent à des choses respectables."

"[...]."

Voltaire : Dictionnaire philosophique (GF Flammarion, 2010) au mot Lettres, gens de lettres ou lettrés, p. 368.

académie de peinture

"[...]. On se moque des clients des chiromanciennes ou cartomanciennes et l'on a jamais d'ironie pour les naïfs qui fréquentent les académies de peinture. Peut-on apprendre à dessiner, peindre, avoir du talent ou du génie ? Et pourtant on voit dans ces ateliers de grands dadais de trente et même quarante ans et, Dieu me pardonne ! des tutus de cinquante ans, oui, doux Jésus ! de pauvres fofos de cinquante ans ! [...]."

Arthur Cravan : revue Maintenant n° 4, mars-avril 1914 (à propos du Salon des Indépendants).

Rééd. : Maintenant avril 1912 - mars-avril 1915, Seuil, col. "l'école des lettres", p. 82.

Académie française

"La dénigrer, mais tâcher d'en faire partie, si l'on peut."

Gustave Flaubert : Le Dictionnaire des idées reçues, "Le Castor astral", col. "Les Inattendus", 2015.

accouchement

Dans un petit texte publié dans Télérama (n° 3505 du 15 mars 2017, p. 158) et intitulé ALLEZ, ACCOUCHE !, Laurence Le Saux écrit ceci :

"Négation de la douleur, remontrances, actes médicaux frisant la barbarie... Des mères relatent la violence qu'elles ont subie en mettant au monde."

"Vous n'êtes pas la seule à avoir accouché", balance le personnel de la maternité à Estelle, tout en lui intimant de se taire quand elle hurle de douleur. Les suites de son accouchement seront un traumatisme encore plus profond : un gynécologue déboule, "enfonce son bras dans son utérus et racle", pour extraire le placenta. " Je criais tellement j'avais mal, les sages-femmes ont attaché mes jambes ; j'étais comme une truie que l'on saigne. [...]. Quand j'ai rouvert les yeux, l'anesthésiste enguelait le gynéco, qui continuait à gratter". Avec deux autres mères, Estelle témoigne dans Les pieds sur terre, sur France Culture. En deux épisodes, l'émission (1) plante le décor d'un univers trop médicalisé, où certains soignants refusent d'informer la patiente de ce qu'ils font, méprisent ses désirs et font passer leur confort avant son bien-être. Sans tendre à la généralisation, les récits d'Estelle et de Cécile (qu'une obstétricienne "déchire" littéralement) sont glaçants."

NOTE JMS :

(1) Diffusée les 18 et 19 janvier 2017. franceculture.fr/emissions/les-pieds-sur-terre

acribologie

"Précision minutieuse dans l'emploi des termes." (1)

 Dictionnaire usuel illustré Quillet, 1983.

NOTE JMS :

(1) Ce mot existait déjà en grec ancien (akribologia) et désignait l'"examen minutieux" (Nouveau dictionnaire grec-français, par A. Chassang, Paris, 1902), l'"exactitude" et la "précision rigoureuse" (Abrégé du Dictionnaire grec-français, par A. Bailly, Hachette, 1901).

passage à l'acte

"La volonté de s'affranchir des autres, de s'afficher comme victorieux, stimule toujours le passage à l'acte."

Claude Pommereau : "Plaisir extrême, honte absolue" in LES TRAÎTRES hier et aujourd'hui, l'express grand format n° 19, octobre - novembre -décembre 2016, édito, p. 3.

L'Action française

Dans un petit texte intitulé "L'Action française", Gwenn Rigal écrit ceci :

"Lancée en 1898, en réaction à l'affaire Dreyfus, l'Action française attire un nombre important de supporters, séduits par son discours nationaliste et royaliste. Un temps tenté par un coup d'Etat contre la République - qu'il appelle "La Gueuse" (1) - ce mouvement compte jusqu'à 700 000 membres en 1935. Son idéologue Charles Maurras dénonce sans relâche les "quatre Etats confédérés composant l'Anti-France" : les maçons, les Juifs, les protestants et les "métèques". Critique de l'occupation allemande mais fidèle jusqu'au bout au maréchal Pétain, il sera condamné à la prison à vie à la Libération."

in Les mystères de la franc-maçonnerie. L'histoire d'une société secrète, Editions ESI, sept. 2012, p. 72.

NOTE JMS :

(1) Il y a aussi la démocratie qu'il nomme "la démocrassouille".

ADN

A propos du documentaire de Franck Guérin et Emmanuel Lecomte : L'ADN, nos ancêtres et nous (France, 2011, 50 mn), Nicolas Delesalle écrit, dans un encadré Télérama consacré à celui-ci :

"Nous sommes tous des Africains. Chinois, Aborigènes, Finlandais ou Indiens : nous sommes tous les descendants d'une même famille humaine née sur le continent africain et dont une partie a migré à petits pas, colonisant la planète en quellques milliers d'années. Le Viking a un aïlleul noir. La génétique des populations le démontre depuis longtemps."

"Tous commence voilà 3,8 millards d'années, quand l'ancêtre commun à tous les espèces vivantes existantes pointe le bout de son ADN sur la Terre. La chose mute, remute et mute de plus belle, crée des espèces nouvelles de plus en plus éloignées les unes des autres au fil du temps, mais qui gardent toutes un socle commun. Nous partageons 30 à 40 % d'ADN avec la levure. Dans cette longue histoire, l'homme est apparu voilà une fraction de seconde. Il n'a pas eu le temps de muter et partage avec ses copains bipèdes 99,9 % de son ADN..."

"[...]. Ce film est un hymne rationnel à la tolérance. [...]. Son seul défaut : la théorie qu'il présente (un groupe humain parti d'Afrique il y a 70 000 ans) est dépassée ! Au moins deux groupes humains distincts seraient sortis d'Afrique à 30 000 d'intervalle, ce qui complique un brin la tambouille génétique."

agitation

"Les gens naissent et se marient, puis vivent et meurent dans une folle agitation, dont il est étonnant qu'elle ne leur fasse pas perdre la raison."

William Dean Howells (1907) (1)

SOURCE :

Cité en exergue de "La fureur de vivre" (p. 5), l'avant-propos de Carl Honoré (2) à son livre Eloge de la lenteur publié en 2005 chez Marabout (Hachette Livre) dans la traduction de Sophie Artaud. Le titre original de cet ouvrage est : In Praise of Slow et il a été publié pour la première fois en Grande-Bretagne en 2004 par Orion Books.

NOTES :

(1) Cf. notamment https://fr.wikipedia.org/wiki/William_Dean_Howells et https://en.wikipedia.org/wiki/William_Dean_Howells

(2) Cf. notamment https://en.wikipedia.org/wiki/Carl_Honoré

aigle

"Aquila non capit muscas"

L'aigle ne prend pas de mouches.

Axiome que l'on cite pour signifier qu'un homme qui a de hautes responsabilités n'a pas à s'occuper de vétilles.

Pages roses du Petit Larousse illustré, Larousse, 2013, p. 1225.

Allemagne

"Toujours précédée de blonde, rêveuse. Mais quelle organisation militaire !"

Gustave Flaubert : Le Dictionnaire des idées reçues, Le Castor astral, col. "Les Inattendus", 2015. 

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"Si je venais à mourir, je fais ici l'aveu qui suit : je méprise la nation allemande pour son immense bêtise, et j'ai honte d'en faire partie."

Arthur Schopenhauer : Die Kunst zu beleidigen, Verlag C. H. Beck, oHG, München, 2002 (L'art de l'insulte, Ed. du Seuil, 2004, pour la trad. française par Eliane Kaufholz-Messmer, p. 42).

allemand

"La vie est trop courte pour apprendre l'allemand."

 Richard Porson (1)

Cité dans le Dictionnaire amoureux de l'Humour, de Jean-Loup Chiflet (Plon, 2012, p. 649).

NOTE JMS :

(1) Erudit anglais (1759-1808).

Allemand

"Obséquieux avec ses chefs, insolent avec ses inférieurs, l'Allemand, quels que soient sa fortune et son rang, n'a jamais les allures d'un gentleman."

Gustave Le Bon, Premières conséquences de la guerre, 1916.

SOURCE : Guy Bechtel & Jean-Claude Carrière : Dictionnaire de la bêtise, suivi du Livre des bizarres, nouvelle éd., Robert Laffont, col. Bouquins, 2014, p. 28.

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"Le véritable caractère national des Allemands est la lourdeur : elle éclate dans leur démarche, leurs faits et gestes, leur langage, leurs propos, leurs récits, leur compréhension et leur pensée, mais surtout dans le style de leur écriture, le plaisir qu'ils prennent à enchevêtrer des phrases interminables, pesantes, pour laquelle la mémoire toute seule met cinq longues minutes à apprendre la leçon qu'on lui a infligée, jusqu'à ce qu'au bout de la période enfin terminée l'entendement conclue et que les énigmes soient résolues. Ils se complaisent en cela, et si en plus il est possible d'y ajouter de la préciosité, de l'emphase et des solennités, l'auteur en est grisé : mais que le ciel arme le lecteur de patience."

Arthur Schopenhauer : Die Kunst zu beleidigen, Verlag C. H. Beck, oHG, München, 2002 (L'art de l'insulte, Ed. du Seuil, 2004, pour la trad. française par Eliane Kaufholz-Messmer, pp. 41/42).

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"[...] le savant allemand est trop pauvre pour pouvoir être honnête et honorable. C'est pourquoi son allure et sa méthode consistent à tourner, à se tortiller, à s'accommoder et à renier ses convictions, à ramper, flatter, louvoyer, prendre parti et nouer des amitiés, à marquer sa considération aux ministres, aux grands de ce monde, aux étudiants, aux libraires, aux critiques, bref, à considérer tout plutôt que la vérité et le mérite d'autrui - voilà sa manière de procéder et sa méthode. C'est ainsi qu'il devient le plus souvent un fripon plein de calculs."

Id. ci-dessus, P. 71.

alphabet

"LA CREATION DU PREMIER ALPHABET (1)"

"VERS 1700 AV. J.-C. [...]."

"Utilisée en Egypte vers 3100 av. J.-C., la plus ancienne écriture connue - hiéroglyphique (2) - désigne les sons et les objets au moyen d'images. Les scribes égyptiens écrivent alors sur du papyrus avec des plumes de roseau. A peu près à la même époque, une écriture cunéiforme symbolique gravée sur des tablettes d'argile se développe en Mésopotamie. Et ce n'est que vers 1700 av. J.-C. que le premier alphabet - formé de lettres formant des sons distincts - apparaît sur les rives orientales de la Méditerranée."

"Les plus anciennes inscriptions alphabétiques découvertes viennent des Cananéens et ont été gravées sur des bols et d'autres objets ; des expériences similaires ont sans doute eu lieu en Syrie, en Palestine, en Phénicie et dans le Sinaï. Ce premier système d'écriture alphabétique - pas encore déchiffré - est un précurseur de l'alphabet nord-sémitique de Phénicie, composé de vingt-deux lettres écrites de droite à gauche. Les Hébreux, les Romains, les Grecs (3), les Arabes, les Indiens et leurs héritiers culturels ont adapté l'écriture phénicienne, ancêtre probable de la quasi-totalité des quarante-six alphabets actuels."

National  Geographic : 100 événements qui ont changé le monde, hors-série de septembre-octobre 2017, Ed. NG France, septembre 2017, p. 14. 

NOTES JMS :

(1) Le mot "alphabet" est composé des deux premières lettres de l'alphabet grec : alpha et bêta.

(2) Le mot "hiéroglyphe" est composé du grec hieros, sacré, et gluphein, graver.

(3) Voir notamment à ce sujet le Wikipédia consacré à Cadmos, ce personnage mythologique - fils d'un roi de Phénicie et fondateur légendaire de la cité de Thèbes, en Béotie -, qui aurait introduit en Grèce l'alphabet phénicien  :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Cadmos

amalgame

"Le ciel fit de l'homme et de Dieu un cataplasme pour guérir toutes nos infirmités. Ces deux natures furent broyées et mêlées, dans le sein de la Vierge, comme dans un mortier, le Saint-Esprit servant de pilon, pour en faire avec suavité le plus doux amalgame."

Saint Bernard (1091-1153) : Oeuvres, éd. de 1690.

SOURCE : Guy Bechtel & Jean-Claude Carrière : Dictionnaire de la bêtise, suivi du Livre des bizarres, nouvelle éd., Robert Laffont, col. Bouquins, 2014, p. 30.

ambition

"L'ambition souvent fait accepter les fonctions les plus basses : c'est ainsi qu'on grimpe dans la même posture que l'on rampe (1)."

Jonathan Swift (1667-1745) : Pensées sur divers sujets moraux et divertissants (2).

SOURCE : Le Monde. 200 pensées à méditer avant d'aller voter, Omnibus/Le Monde, mars 2017, p. 31.

NOTE JMS :

(1) Voir aussi à ce sujet : Paul Henri Thiry, baron d'Holbach (1723-1789)  : Essai sur l'art de ramper, à l'usage des courtisans.

Texte en ligne : https://fr.wikisource.org/wiki/Essai_sur_l'art_de_ramper,_à_l'usage_des_courtisans

(2) Cf. également : http://www.short-edition.com/fr/classique/jonathan-swift/pensees-sur-divers-sujets-moraux-et-divertissants

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"Les places éminentes sont comme les cimes des rochers, les aigles et les reptiles seuls peuvent y atteindre."

Suzanne Necker (1737-1794) (1)

SOURCE : idem ci-dessus, p. 32.

NOTE JMS :

(1) Cf. : https://fr.wikipedia.org/wiki/Suzanne_Curchod

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"L'ambition est le fumier de la gloire."

Pierre L'Arétin (1492-1556) (1)

SOURCE : idem ci-dessus, p. 33.

NOTE JMS :

(1) Voir notamment :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_l%27Arétin

http://www.cosmovisions.com/Aretin.htm

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"Il ne suffit pas de dire : "Un tel est arrivé.". Il faut voir encore dans quel état."

Alfred Capus (1858-1922) (1)

NOTE JMS :

(1) Cf., entre autres choses : http://www.academie-francaise.fr/les-immortels/alfred-capus   

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"Si haut qu'on monte, on finit toujours par des cendres."

Henri Rochefort

SOURCE : http://dicocitations.lemonde.fr/auteur/3833/Henri_Rochefort.php

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"Plus haut monte le singe, plus il montre son cul." (1)

Chancelier François Olivier (1487-1560) (2)

SOURCE : Le Monde. 200 pensées à méditer avant d'aller voter, Omnibus/Le Monde, mars 2017, p. 40.

NOTES JMS :

(1) Commentaire dans le livre (à la même page) :

"C'est sous cette forme qu'est restée célèbre l'interprétation de Montaigne d'un mot du chancelier de France Pierre Olivier. Le texte exact des Essais (livre II, chap. 17) est : "Les Français semblent des guenons qui vont grimpant contremont (a) un arbre, de branche en branche, et ne cessent d'aller jusques à ce qu'elles sont arrivées à la plus haute branche, et y montrent le cul quand elles y sont."

(a) Contremont est un mot qui est disparu aujourd'hui de nos dictionnaires et qui signifiait : "en montant vers le haut".

(2) Cf. : https://fr.wikipedia.org/wiki/François_Olivier

 

 

Américains

"Ainsi les Américains sont comme des enfants inconscients qui vivent au jour le jour, privés de toute réflexion et de toute intention supérieure."

Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770-1831) : Le Fondement géographique de l'histoire universelle, 1830.

SOURCE : Guy Bechtel & Jean-Claude Carrière : Dictionnaire de la bêtise, suivi du Livre des bizarres, nouvelle éd., Robert Laffont, col. Bouquins, 2014, p. 31.

amitié

"[...] en l'usage des amitiez coustumières et ordinaires [...] il faut employer le mot qu'Aristote avoit très-familier : "O mes amis, il n'y a nul amys ! (1)"

Montaigne : Essais, livre I, chap. XXVIII "De l'amitié" (Garnier-Flammarion, 1969, p. 238).

NOTE JMS :

(1) Cette citation a été rapporté par Diogène Laërce :

"Phavorinos dit [...] (Mémoires, livre II) qu'il aimait à s'écrier : "O mes amis, il n'y a pas d'ami (véritable)." Et l'on peut lire cette phrase en effet dans le septième livre de l'Ethique." 

Vie, doctrines et sentences des philosophes illustres, livre V, "Aristote" (Garnier-Flammarion, vol. I, 1965, p. 236. Trad. de Robert Genaille).

Dans Humain, trop humain, fragment 376, Nietzsche parodiera cette citation :

""Amis, il n' y a point d'amis !", s'écriait le sage mourant."

"Ennemis, il n'y a point d'ennemis", s'écrie le fou vivant que je suis."

Mais la traduction est toutefois erronée, comme l'a montré le philologue Isaac Casaubon, car il y avait une coquille dans le texte grec. Il ne faut pas lire "Ô philoi, oudeis philos", mais " philoi, oudeis philos", ce qui donne : "Celui qui a beaucoup d'amis n'a pas d'amis."

Montaigne, décédé avant la découverte de Casaubon, ne pouvait pas le savoir. Friedrich Nietzsche, philologue, et Jacques Derrida, si, ainsi que le fait remarquer Giorgio Agamben, qui avait d'ailleurs envoyé un courrier à ce dernier sur cette question :

"Or, comme j'avais tout de suite informé Derrida du résultat de mes recherches, j'ai été frappé, quand le livre fut publié sous le titre Politiques de l'amitié, de n'y trouver aucune trace de ce problème. Si la formule (apocryphe selon les philosophes modernes) y figurait sous sa forme originaire, ce n'était certes pas en raison d'un oubli : il était essentiel, dans la stratégie du livre, que l'amitié fût à la fois affirmée et remise en question."

Cf. Jacques Derrida : Politiques de l'amitié, Galilée, col. "La philosophie en effet", 1994, et Giorgio Agamben : L'amico, Sassi, 2007 (traduit par Martin Rueff sous le titre : L'amitié, Payot & Rivages, 2007).

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"[...] les méchants n'ont que des complices, les voluptueux ont des compagnons de débauche, les intéressés ont des associés, les politiques assemblent des factieux, le commun des hommes oisifs a des liaisons, les princes ont des courtisans ; les hommes vertueux ont seuls des amis. [...]."

Voltaire : Dictionnaire philosophique (GF Flammarion, 2010) au mot amitié, p. 91.

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"L'enthousiasme de l'amitié a été plus fort chez les Grecs et chez les Arabes que chez nous. Les contes que ces peuples ont imaginés sur l'amitié sont admirables ; nous n'en avons point de pareils. Nous sommes un peu secs en tout."

Voltaire : Dictionnaire philosophique (GF Flammarion, 2010) au mot amitié, p. 91.

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"L'amitié est le mariage des âmes et dans tous les mariages il peut y avoir des querelles et des divorces."

Voltaire : Dictionnaire philosophique (GF Flammarion, 2010) au mot amitié, p. 91, note b.

 

"Un ami de collège dans le malheur, tonneau des Danaïdes."

Honoré de Balzac : L'art de ne pas être dupe des fripons, Ed. de l'Herne, 2015, § 42, p. 76.

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"( [...] à chaque chose qu'il écrit, il imagine qu'il va blesser l'un de ses amis - jamais le même : ça tourne.)"

Roland Barthes : Roland Barthes par Roland Barthes, Ed. du Seuil, col. "écrivains de toujours", 1975, p. 53.

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"Mon Dieu, gardez-moi de mes amis, mes ennemis, je m'en charge."

Voltaire

Cité dans : LES TRAÎTRES hier et aujourd'hui, l'express grand format n° 19, octobre -novembre - décembre 2016, p. 14.

amoindrissement

"L'amoindrissement est la chose la plus grave. Ce n'est pas la mort qui est grave, c'est l'amoindrissement."

Georges Simenon in Le Siècle de Simenon, documentaire de Pierre Assouline (France, 2013).

amour

"Pour moi, l'amour, c'est de la haine, des gémissements, des cris, de la honte, du deuil, du fer, des larmes, du sang, des cadavres, des ossements, des remords."

Petrus Borel (1809-1859) : Champavert, contes immoraux, 1833.

SOURCE : Guy Bechtel & Jean-Claude Carrière : Dictionnaire de la bêtise, suivi du Livre des bizarres, nouvelle éd., Robert Laffont, col. Bouquins, 2014, p. 32.

amoureux

Les "amoureux sont les traîtres qui aspirent secrètement à perpétuer toutes ces difficultés et cette vie de galère qui trouveraient sans eux une fin prochaine, un terme qu'ils veulent faire échouer comme leurs semblables l'ont fait échouer avant eux."

Arthur Schopenhauer : Die Kunst zu beleidigen, Verlag C.H. Beck, oHG, München, 2002 (L'art de l'insulte, Ed. du Seuil, 2004, pour la trad. française par Eliane Kaufholz-Messmer, p. 109).

âne

"L'âne de Buridan (1), placé en face de deux tas d'avoine égaux, se laisse mourir de faim parce qu'il ne peut pas se résigner à choisir." 

André Berge (1902-1995) : L'esprit de la littérature moderne, Paris, Perrin, 1930.

SOURCE : Guy Bechtel & Jean-Claude Carrière : Dictionnaire de la bêtise, suivi du Livre des bizarres, nouvelle éd., Robert Laffont, col. Bouquins, 2014, p. 36.

Commentaire des auteurs de ce dictionnaire : "Encore plus bête qu'on ne l'a dit".

NOTE JMS :

(1) Dilemme ainsi nommé, parce qu'il porte le nom du philosophe scolastique Jean Buridan (1292-1363), bien que dans son oeuvre il n'y soit pas fait mention. Variante : un âne placé entre un tas d'avoine et un seau d'eau.

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"Asinus asinum fricat"

L'âne frotte l'âne.

Se dit lorsque deux personnes s'adressent mutuellement des éloges outrés.

Pages roses du Petit Larousse illustré 2014, Larousse, 2013, p. 1224.

anecdote

ANECDOTE n. f. est emprunté, par le latin Anecdotes, au titre grec d'un ouvrage de Procope, Anekdota, c'est-à-dire "choses inédites" (1). Le mot est la substantivation de l'adjectif grec anekdotos, de an- ( a- privatif) et de ekdotos, adjectif verbal de ekdidonai "produire au-dehors, publier". [...].

Le mot est passé en français comme adjectif (av. 1650) et comme nom, d'abord dans un titre (Anecdotes de Florence, 1685) (2) ; il s'est diffusé au XVIIIe siècle en histoire (1718), puis dans l'usage courant [...].

SOURCE : LE ROBERT. Dictionnaire historique de la langue française (sous la direction d'Alain Rey), Dictionnaires LE ROBERT, Paris, 1992. 

NOTES JMS :

(1) PROCOPE, Césarée, Palestine, fin du Ve s. - Constantinople, v. 562, historien byzantin. Il fut le principal historien de l'époque de Justinien, dont il relate les conquêtes dans le Livre des guerres. Ses Anecdota ou Histoire secrète sont un libelle où il ne ménage ni l'empereur ni surtout l'impératrice Théodora.

SOURCE. Petit Larousse illustré 2014, Larousse, 2013.

Dans la petite monographie qu'il a consacré à Procope de Césarée (Le Nouveau dictionnaire de tous les temps et de tous les pays, Laffont-Bompiani, 1994), Bruno Lavagnini écrit ceci :

"[...]. Il est possible [...] que Procope ait été amèrement déçu de ne pas voir reconnue et récompensée en fonction de sa valeur l'oeuvre d'historien par laquelle il léguait à la postérité les faits glorieux du règne de Justinien. Il se peut [aussi] que d'autres raisons personnelles se sont jointes au goût de la vérité, au probe désir de la proclamer à haute voix pour l'inciter à écrire le singulier petit ouvrage qui est, par son âpreté et son réalisme, comme le revers de la médaille après l'enthousiasme et l'adulation. C'est pour épancher sa rancoeur se plut, dans ses dernières années, alors qu'il s'était retiré à Césarée, à recueillir tous les bruits malveillants qui couraient sur le compte du souverain et de l'impératrice, sur la cupidité des fonctionnaires avides et corrompus, sur la cruauté des persécutions religieuses, les dépenses somptuaires et la terrible pression fiscale qui avait épuisé les ressources de l'empire. C'est à cet état d'âme qu'est dû l'étrange opuscule intitulé Histoire secrète. Procope ne publia pas ces pages dans lesquelles il épanchait sa mauvaise humeur : elles devaient lui survivre pour informer la postérité de ce qui avait été l'envers du décor de ce règne apparemment si glorieux."

(2) Il s'agit du livre Les Anecdotes de Florence ou l'histoire secrète de la Maison de Médicis, par le Sieur de Varillas (1624-1696), historiographe du roi. Les premiers livres de cet ouvrage ayant déplu au ministre, cet ouvrage resta inachevé ; Il parut toutefois, sans l'aveu de son auteur, à La Haye, "chez Adrian Moetjens, marchand libraire prés la Cour, la Libraire Françoise".

angélisme

"Dérivé récent (attesté chez Gide) [du mot ANGE, ANGELISME] est devenu assez usuel pour "désir excessif de pureté, refus des réalités de la nature humaine", allusion probable à l'aphorisme pascalien, selon lequel "qui veut faire l'ange, fait la bête" (1)." 

LE ROBERT. Dictionnaire historique de la langue française (sous la direction d'Alain Rey), Dictionnaires LE ROBERT, Paris, 1992.

NOTE JMS :

(1) "L'homme n'est ni ange, ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l'ange fait la bête"

in Les Pensées, de Pascal, section VI, "Les Philosophes", fragment 358.

Voir aussi :

"[...] [l'homme] n'est qu'un homme, au bout du compte, c'est-à-dire capable de peu et de beaucoup, de tout et de rien : il n'est ni ange, ni bête, mais homme."

in Les Pensées, de Pascal, section II, "Misère de l'Homme sans Dieu", fragment 140.

Anglais

"Je ne suis pas Anglais. Au contraire."

 Samuel Beckett

Cité dans le Dictionnaire amoureux de l'Humour, de Jean-Loup Chiflet (Plon, 2012, p. 649).

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"La barbarie anglaise est connue. Je sais que les Anglais vantent beaucoup leur bonté et le bon naturel de leur nation, qu'ils appellent "good natured people" ; mais ils ont beau crier cela tant qu'ils peuvent, personne ne le répète après eux."

Jean-Jacques Rousseau : L'Emile ou De l'éducation (1762).

SOURCE : Guy Bechtel et Jean-Claude Carrière : Dictionnaire de la bêtise suivi du Livre des bizarres, nouvelle éd., Robert Laffont, col. Bouquins, 2014, p. 37. 

anglican

"Ces diables à figure d'hommes, les exploiteurs et marchands d'esclaves dans les Etats libres (qui devraient s'appeler Etats esclavagistes) d'Amérique du Nord sont habituellement des anglicans orthodoxes et pieux, qui considéreraient comme un grave péché de travailler le dimanche et qui, confiants en cette pratique et en leur fréquentation ponctuelle de l'église, etc., espèrent leur éternelle félicité."

Arthur Schopenhauer : Die Kunst zu beleidigen, Verlag C.H. Beck, oHG, München, 2002 (L'art de l'insulte, Ed. du Seuil, 2004, pour la trad. française par Eliane Kaufholz-Messmer, p. 149).

animal

"En pensée, Herman fit l’oraison funèbre de la souris qui avait partagé une partie de sa vie et qui, a cause de lui, avait quitté cette terre. « Tous ces érudits, tous ces philosophes, les dirigeants de la planète, que savent-ils de quelqu’un comme toi ? Ils se sont persuadé que l’homme, espèce pécheresse entre toutes, domine la création. Toutes les autres créatures n’auraient été créées que pour lui procurer de la nourriture, des fourrures, pour être martyrisées, exterminées. Pour ces créatures, tous les humains sont des nazis ; pour les animaux, c’est un éternel Treblinka."

Isaac Bashevis Singer, The Letter Writer.

SOURCE : Charles Patterson : Un éternel Treblinka, Calmann-Lévy, 2008, p. 13.

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"La vraie bonté de l’homme ne peut se manifester en toute liberté et en toute pureté qu’à l’égard de ceux qui ne représentent aucune force. Le véritable test moral de l’humanité (le plus radical, qui se situe à un niveau tel qu’il échappe à notre regard), ce sont ses relations avec ceux qui sont à sa merci : les animaux. Et c’est ici que s’est produite la plus grande déroute de l’homme, débâcle fondamentale dont toutes les autres découlent."

Milan Kundera, L’Insoutenable Légèreté de l’être.

SOURCE : Charles Patterson : Un éternel Treblinka, Calmann-Lévy, 2008, p. 17.

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"C'est évident : il est temps de mettre fin à la conception que les juifs ont de la nature, du moins en ce qui concerne les animaux, et que la créature éternelle, qui, comme en nous, vit dans tous les animaux, soit reconnue, ménagée et prise en considération comme telle. Sachez-le, souvenez-vous-en ! C'est chose sérieuse, et il ne faut pas en démordre, quand même vous rempliriez toute l'Europe de synagogues."

Arthur Schopenhauer : Die Kunst zu beleidigen, Verlag C.H. Beck, oHG, München, 2002 (L'art de l'insulte, Ed. du Seuil, 2004, pour la trad. française par Eliane Kaufholz-Messmer, pp. 92/93).

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"Le monde n'est pas un méchant ouvrage, et les animaux ne sont pas un produit pour notre usage. [...]. Je conseille aux zélateurs et à la prêtraille de ne pas me contredire ici : car cette fois ce n'est pas seulement la vérité qui est de notre côté, mais aussi la morale."

Idem ci-dessus, p. 118.

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"Animaux machines Théorie de Descartes, d'après laquelle les animaux ne sentent pas et ont des réactions toutes mécaniques, comme une machine. C'est une conséquence du dualisme cartésien : les animaux n'ayant point d'âme ne sont que matière et donc ne sentent pas. Cette théorie, excellent exemple de la méthode cartésienne, qui déduit sans tenir compte de l'expérience, fut critiquée dès le XVIIe s. (La Fontaine, Discours à Mme de la Sablière) et réfutée définitivement au XVIIIe s. par les philosophes qui, au nom de l'expérience, reconnaissent, chez les animaux, une certaine sensibilité."

Henri Bénac : nouveau vocabulaire de la dissertation et des études littéraires, Classiques Hachette, col. "faire le point", 1972, p. 9.

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"Quelle pitié, quelle pauvreté d'avoir dit que les bêtes sont des machines, privées de connaissance et de sentiment, qui font toujours leurs opérations de la même manière, qui n'apprennent rien, ne perfectionnent rien, etc. !"

"Quoi ! Cet oiseau qui fait son nid en demi-cercle quand il l'attache à un mur, qui le bâtit en quart de cercle quand il est dans un angle, en cercle sur un arbre : cet oiseau fait tout de la même façon ? Ce chien de chasse que tu as discipliné pendant trois mois, n'en sait-il pas plus au bout de ce temps qu'il n'en savait avant les leçons ? Le serin a qui tu apprends un air, le répète-t-il dans l'instant ? N'emploies-tu pas un temps considérable à l'enseigner ? N'as-tu pas vu qu'il se méprend et qu'il se corrige ?"

"Est-ce parce que je te parle que tu juges que j'ai du sentiment, de la mémoire, des idées ? Eh bien ! je ne te parle pas ; tu me vois entrer chez moi l'air affligé, chercher un papier avec inquiétude, ouvrir le bureau où je me souviens l'avoir enfermé, le trouver, le lire avec joie. Tu juges que j'ai éprouvé le sentiment de l'affliction et celui du plaisir, que j'ai de la mémoire et de la connaissance."

"Porte donc le même jugement sur ce chien qui a perdu son maître,  qui l'a cherché dans tous les chemins avec des cris douloureux, qui entre dans la maison, agité, inquiet, qui descend, qui monte, qui va de chambre en chambre, qui trouve enfin dans son cabinet le maître qu'il aime, et qui lui témoigne sa joie par la douceur de ses cris, par ses sauts, par ses caresses."

"Des barbares saisissent ce chien, qui l'emporte si prodigieusement sur l'homme en amitié ; ils le clouent sur une table et ils le dissèquent vivant pour te montrer les veines mésaraïques. Tu découvres en lui tous les mêmes organes de sentiment qui sont dans toi. Réponds-moi, machiniste, la nature a-t-elle arrangé tous les ressorts du sentiment afin qu'il ne sente pas ? A-t-il des nerfs pour être impassible ? Ne suppose point cette impertinente contradiction dans la nature."

"[...]."

Voltaire : Dictionnaire philosophique (GF Flammarion, 2010) au mot Bêtes (pp. 129/130).

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A propos du documentaire de Bernard Bloch : Animal machine (France, 2015, 55 mn), Yohav Oremiatzky écrit, dans un encadré Télérama consacré à celui-ci :

"Le grand public découvrait l'an passé la "ferme des mille vaches", un complexe high-tech implanté dans la Somme, permettant de traire chaque heure trois cents bêtes, qui ne verraient jamais la couleur d'un brin d'herbe. Le prototype français des fermes-usines fleurissant déjà au Etats-Unis ou en Allemagne. Avec l'élevage intensif, les bovins sont devenus des machines à lait dopées aux hormones, gavées d'OGM et logées dans des cages à poules. Encore fallait-il rappeler comment, depuis l'avènement du captitalisme industriel, la zootechnie (1) a transformé le corps de la vache pour la rendre plus "productive" (2). C'est l'objet de ce documentaire retraçant l'histoire du premier specimen ayant donné son corps à la science : la holstein, surnommée "pisseuse de lait"."

"En fil rouge, les analyses de Jacques Testart, l'un des papas scientifiques du premier bébé-éprouvette français, qui a également participé à des tests sur l'embryon de la holstein, permettent de cerner les enjeux éthique. [...]. Bernard Bloch balade ensuite sa caméra au Brésil, où le clonage de "taureaux d'excellence" doit engendrer des lignées de vaches hyper productives. Au détriment des règles éthiques, écologiques et agricoles."

NOTE JMS :

(1) zootechnie : "Science qui étudie les conditions et les méthodes d'élevage et de reproduction des animaux domestiques" (Petit Larousse illustré 2014, Larousse, 2013). Et selon la note Télérama : "Science de l'élevage et de la reproduction permettant d'améliorer le rendement des animaux domestiques".

(2) Est évoquée, bien entendu, dans ce documentaire, la question très controversée de la "vache hublot" qui est une vache équipée d'une canule destinée à favoriser les observations, les prélèvements et les expérimentations sur le fonctionnement du rumen bovin (appelé plus couramment "panse").

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"On connaît la valeur d'un pays à la façon dont il traite ses animaux."

Mahatma Gandhi

SOURCE :

Cité en exergue de l'encadré Télérama consacré au documentaire de Bernard Bloch : Animal machine (France, 2015, 55 mn).

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"Le Docteur Jean-Matthieu Bechstein, célèbre naturaliste et grand chasseur (1757-1811) [...] s'était surtout livré à l'ornithologie, et avait fait une étude particulière des moeurs et du langage des oiseaux. On pense bien que le rossignol ne devait pas y être oublié."

"Figurez-vous donc le gentil animal, perché sur sa branche, levant la tête, ouvrant le bec et dégoisant ainsi la kyrielle de ses sons ravissants" :

"Tiouou, tiouou, tiouou, tiouou, Shpe tiou tokoua, Tio, tio, tio, tio, Kououtiou, kououtiou, kououtiou, kououtiou ; Tskouo, tskouo ; tskouo, tskouo ; Tsii, tsii, tsii, tsii, tsii, tsii, tsii, tsii, tsii, tsii. Kouorror, tiou. Tskoua pipitskouisi. Tso, tso, tso, tso, tso, tso, tso, tso, tso, tso, tso, tso, tsirrhading ! Tsisi si tosi si si si si si si si, Tsorre, tsorre, tsorre, tsorrehi ; Tsatn tsatn tsatn tastn tsatn tsatn tsatn tsi. Dlo dlo dlo dla dlodlo dlo : Kouioo trrrrrrrrritzt. Lu lu lu ly ly ly lî lî lî, lî, Kouio didl, li loulyli. Ha guour guour koui kouio ! Kouio kououi kououi kououi koui koui, ghi, ghi, ghi ; Gholl gholl gholl gholl ghia hududoi. Koui koui horr ha dia dia dilhi. Hats hets hets hets hets hets hets hets hets hets hets hets hets hets hets."

"Toouarrho hostehoi ; Kouia kouia kouia kouia kouia kouia kouia kouiati ; Koui koui koui io io io io io io io koui Lu lyle lolo didi io kouia. Hihuai guai guay guia guia guia guia guia kouior tsio tsiopi" 

"[...]. Cet estimable écrivain ne s'est pas exclusivement occupé du chant du rossignol, il a encore cherché à comprendre et à traduire la langue d'autres oiseaux et même de quelques autres animaux."

"[...] le croassement des corbeaux ne comprend pas moins de vingt-cinq mots différents que voici" :

"Cra, cre, cro, cron, cronon. Grass, gress, gross, gronss, grononess. Crae, crea, crae, crona, groness. Crao, creo, croe, crone, gronass. Craon, creo, croo, crono, gronoss."

"Si nous pensons, continue l'auteur, qu'avec nos dix chiffres arabes, qui sont dix lettres, dix mots, en les combinant deux à deux, trois à trois, quatre à quatre, on forme les chiffres diplomatiques de 100, de 1000, de 10... caractères, ou de plus de mots que n'en a aucune langue connue, on aura moins de peine à comprendre que les corbeaux puissent se communiquer leurs idées. Leurs vingt-cinq mots suffisent bien pour exprimer : Là, ici, droite, gauche, en avant, halte, pâturez, garde à vous, l'homme armé, froid, chaud, partir, je t'aime, moi de même, un nid, et une douzaine d'autres qu'ils ont à se donner selon leur besoin."

"Passant des oiseaux aux quadrupèdes, l'auteur dit" :

"Le chien n'emploie que des voyelles, et quelques fois, mais seulement dans la colère, les deux consonnes g et z."

"Le chat emploie les mêmes voyelles que le chien, et de plus dix consommes, m, n, g, r, v, f."

G. P. Philimneste : Le Livre des singularités, 1841.

SOURCE : Guy Bechtel et Jean-Claude Carrière : Le dictionnaire de la bêtise, suivi du Livre des bizarres, nouvelle éd., Robert Laffont, col. Bouquins, 2014, pp. 38/39. 

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"[...] il faut se rappeler que l'animal "d'hommestique", comme disait Lacan, est déjà pénétré de langage humain, et que la relation qu'on peut avoir avec lui permet de lier à ce langage les vécus apparemment les plus indicibles. [...]."

Sandrine Willems : L'Animal à l'âme. De l'animal-sujet aux psychothérapies accompagnées par des animaux, Seuil, 2011, 347 p.

Antéchrist

"Je ne suis pas du tout l'Antéchrist de service,

 J'ai même pour Jésus et pour son sacrifice

 Un brin d'admiration, soit dit sans ironie.

 Car ce n'est sûrement pas une sinécure,

 Non, que de se laisser cracher à la figure

 Par la canaille et la racaille réunies."

 Georges Brassens : L'Antéchrist (premier sizain ; texte posthume)

antisémitisme

"J'ai maintenant acquis la certitude, comme le prouvent la conformation de son crâne et la pousse de ses cheveux, [que Ferdinand Lassalle] descend des Nègres qui se joignirent à Moïse lors de la traversée de l'Egypte (à moins que sa mère ou sa grand-mère ne se soient croisées avec un nigger)..."

"Il est certain que ce mélange de Juif et d'Allemand avec la substance de base du Nègre devait donner un curieux résultat. L'indiscrétion de ce type tient d'ailleurs du Nègre."

Karl Marx : lettre à Engels du 30 juillet 1862 (extraits).

Cité dans le livre de F. Raddatz : Karl Marx, une biographie politique, Fayard, 1978, puis repris dans le livre de Boris Bove : Karl Marx, Hatier, col. "Figures de l'histoire", p. 68. 

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Georges Bernanos affirme En 1944 :

"Antisémite : ce mot me fait de plus en plus horreur. Hitler l'a déshonoré à jamais. [...]."

in Le Chemin de la Croix-des-Âmes, Les Editions du Rocher, 1987.

"Ah bon ? Y eut-il jamais un antisémitisme honorable ?"

Jacques Julliard : L'Argent, Dieu et le Diable, Flammarion, 2008, p. 184.

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"Un jour de février 1900, Jules Renard, déjeunant avec Paul Claudel, dont la soeur lit La Libre Parole (1), surprend le poète catholique dire, avec son allure de "prêtre rageur à sang âcre", que l'Affaire Dreyfus a fait beaucoup de mal à la France à l'étranger, et que, de toutes façons, il a horreur des juifs, qu'il ne peut voir, ni sentir."

Pierre Peyrard (2) : Les Chrétiens et l'Affaire Dreyfus, Les Editions de l'Atelier/Les Editions Ouvrières, Paris, 1998, p. 114.

NOTE JMS :

(1) Journal politique français (1892-1924) à caractère antisémite et célèbre pour ses prises de positions anti-dreyfusardes, fondé par Edouard Drumont et Charles Devos.

(2) 1920-2005. Historien français spécialiste du monde ouvrier et du catholicisme. Il a été président de l'Amitié Judéo-Chrétienne de France de 1985 à 1999.

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"C'est pour moi une question d'honneur d'observer envers l'antisémitisme une attitude absolument nette et sans équivoque, savoir : celle de l'opposition, comme je le fais dans mes écrits."

Friedrich Nietzsche, lettre à sa soeur, Elisabeh Förster-Nietzsche, du 26 décembre 1887.

Cité dans la préface de Roger-Pol Droit : "Nietzsche le Rebelle" in Nietzsche, Flammarion, "Le Monde de la philosophie", 2008, p. XIX.

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"Ce qu'on subit les Juifs, le martyre juif, ce génocide enfin, cet instant unique dans l'histoire du monde. L'horreur absolue, indépassable. Ca n'a pas laissé que de la douleur dans le monde. Ca a laissé aussi de l'antisémitisme. Si vous brûlez quelqu'un en l'accusant d'être Juif, si vous le répétez six millions de fois, et si les gens l'apprennent, rien que le fait de le savoir sème déjà un doute, mais qu'on ignore. On a tué six millions de Juifs, donc on pouvait le faire, ils étaient tuables, c'est pas par hasard. C'est ça le danger. C'est ce raisonnement-là."

Marguerite Duras in Le Siècle de Marguerite Duras, de Pierre Assouline (France, 2014).

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Dans un encadré consacré au documentaire de Jean Barat : Je reviendrai (France, 2015, 55 mn) (1), Marie Cailletet écrit ceci :

""Il ne faut pas trop s'apitoyer sur le sort de ces hommes qui, en d'autres circonstances, auraient été chassés de chez nous comme des parasites honteux. Un ramassis de métèques échappés des ghettos d'Europe centrale et qui grouillaient comme une sorte de cour des Miracles dans Paris. C'est une mesure de salubrité publique enfin prise..." Voilà comment les ondes nationales, tout aux ordres du Maréchal, saluent les rafles de Juifs étrangers au printemps 1941."

NOTE JMS :

(1) Ce documentaire est consacré à Zysman Wenig qui, après avoir été enfermé au camp de Pithiviers, sous administration française, fut déporté à Auschwitz en juin 1942. Conseillère historique : Annette Wieviorka. Texte de la narration : A. Wieviorka, J. Barat et Fabrice Humbert.

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"[...]. On  est chargé par le ministère de la repopulation d'interroger les bouseux sur ce qu'ils pensent de la chasse aux adjoints [,dit Maurice]."

- De la chasse aux... dit Wack. Puis il compris. Et les youpins, qu'est-ce qu'ils en pensent ?" dit-il d'un ton agressif."

"Maurice était juif. C'était pour cela que les paysans de l'escadron ne l'aimaient pas. Les paysans et les officiers. Les officiers aimaient bien les paysans parce qu'il était facile de les commander et qu'ils soignaient bien les chevaux. Les paysans n'aimaient pas beaucoup les officiers mais ils les craignaient et les respectaient. Mais les uns et les autres avaient suffisamment d'instruction pour savoir qu'il fallait détester les juifs."

"Les youpins sont exempts de réponse, dit Maurice sans sourciller. Tu sais bien qu'ils ont déjà tué le petit Jésus. Alors comment veux-tu qu'ils s'intéressent aux adjoints ? Ils laissent ça aux bouseux."

Claude Simon : Le cheval, Les éditions du Chemin de fer, 2015, pp. 27/28.

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"Je voudrais bien, pour ma part être débarrassé de l'antisémitisme, mais je n'y arrive point, ainsi je me trouve avec des amis que je n'aime guère, par exemple, Léon Blum. Je devrais oublier les remarques faciles. En réalité quand je lis avec indignation le mauvais style de Bergson, je n'oublie pas qu'il est juif, et en cela je me sens injuste. Il me semble qu'il faut être juif pour écrire aussi mal, et pour se présenter en même temps comme un bon écrivain. C'est peut-être qu'un Juif imite simplement le style ordinaire, je veux dire le style Boutroux, Jules Lachelier, etc., et arrive à faire aussi bien que ces messieurs ; il a la simplicité d'en être fier."

Alain : Journal du 28 janvier 1938

SOURCE :

Michel Onfray : Solstice d'hiver. Alain, les Juifs, Hitler et l'Occupation, Ed. de l'Observatoire, fév. 2018, p. 23.

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"Comme disait à peu près Himmler (1), qu'on puisse être à la fois juif et Allemand ça me dépasse. C'est vrai, il faut savoir choisir son camp. Enfin, tout ça, c'est du passé, l'antisémitisme n'existe plus... si. Enfin, je veux dire que de nos jours quand même on peut dire qu'il y a moins d'antisémites en France que de juifs."

Pierre Desproges : "Réquisitoire contre Daniel Cohn-Bendit", Le Tribunal des flagrants délires, France Inter, 14 septembre 1982.

SOURCE :

"Shocking ! Ces plaisanteries qu'on n'ose plus faire", Revue Des Deux Mondes : Le rire est-il mort ?, juillet-août 2018, p. 36.

NOTE :

(1) Cf; notamment : https://fr.wikipedia.org/wiki/Heinrich_Himmler et https://www.herodote.net/Heinrich_Himmler_1900_1945-synthese-572.php 

 

Wilhelm Apollinaris de Kostrowitzky, dit Guillaume Apollinaire

[...]. J'ignore si la critique du juif Apollinaire - je n'ai aucun préjugé contre les juifs, préférant, la plupart du temps, un juif à un protestant - lui donna de l'incertitude, quand cette espèce de Catulle Mendès déclara dans une de ses critiques qu'il était le disciple de Delaunay. Se laissa-t-il prendre à pareille fourberie ?"

Arthur Cravan : revue Maintenant n° 4, mars-avril 1914 (à propos du Salon des Indépendants).

Rééd. : Maintenant avril 1912 - mars-avril 1915, Seuil, col. "l'école des lettres", 1995, p. 89.

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"A la suite de mon article sur l'exposition des Indépendants, plusieurs personnes, injuriées par moi, se considérèrent comme gravement offensées ; entre autres le juif Guillaume Apollinaire, que j'avais traité de "jude" et qui m'envoya ses témoins. Voici le procès-verbal qui résulta de cette démarche."

     Paris, le 7 mars 1914.

"Dans un article de sa revue Maintenant, M. Arthur Cravan avait écrit : "Le Juif Apollinaire..." Notre ami Guilllaume Apollinaire, qui n'est pas juif le moins du monde, nous a prié de nous rendre chez M. Cravan pour le prier de rectifier son erreur. M. Cravan nous a répondu. Voici sa lettre concernant notre mission" :

"Bien que je n'ai pas peur du grand sabre d'Apollinaire, mais parce que je n'ai que très peu d'amour-propre, je suis prêt à faire toutes rectifications du monde et à venir déclarer que, contrairement à ce que j'aurais pu laisser entendre dans mon article sur l'exposition des Indépendants paru dans ma revue Maintenant, M. Apollinaire n'est point juif, mais catholique romain. Afin d'éviter à l'avenir les méprises toujours possibles, je tiens à ajouter que M. Apollinaire qui a un gros ventre, ressemble plutôt à un rhinocéros qu'à une girafe et, que pour la tête, il tient plutôt du tapir que du lion, qu'il tire davantage sur le vautour que sur la cigogne au long bec."

"Afin de mettre toutes les choses au point et profitant de cette occasion, je tiens à rectifier une phrase dont l'esprit pourrait prêter à quelque malentendu. Quand je dis, en parlant de Marie Laurencin : "En voilà une qui aurait besoin qu'on lui relève les jupes et qu'on lui mette une grosse... quelque part...", je tiens essentiellement qu'on lise à la lettre : "En voilà une qui aurait besoin con lui relève les jupes et con lui mette une grosse astronomie au théâtre des Variétés."

     Arthur CRAVAN

"Le juif Guillaume Apollinaire s'étant contenté de ces explications, nous avons accusé réception de sa lettre à M. Arthur Cravan, et, comme il avait été convenu entre lui et nous, nous la consignons dans le présent procès-verbal."

     Claude CHEREAU artiste peintre Jérôme THARAUD homme de lettres, chevalier de la Légion d'honneur Arthur CRAVAN chevalier d'industrie, marin sur le Pacifique, muletier, cueilleur d'oranges en Californie, charmeur de serpents, rat d'hôtel, neveu d'Oscar Wilde, bûcheron dans les forêts géantes, ex-champion de France de boxe, petit-fils du chancelier de la reine, chauffeur d'automobile à Berlin, cambrioleur, etc.

Arthur Cravan : idem ci-dessus, pp. 100/102.

 

    

 

apparence

"[...]. Dans son ouvrage Le Poids des apparences (1), le sociologue Jean-François Amadieu (2) précise que, à compétences équivalentes, une personne au physique avenant a sept fois plus de chance d'être retenue pour un emploi qu'une autre présentant moins bien."

Christophe Médici : Savoir gérer les personnes toxiques, Ed. Dangles, 2015, p. 20.

NOTES JMS :

(1) Le Poids des apparences. Beauté, amour et gloire, Poche Odile Jacob, mars 2005, 200 p.

(2) Jean-François Amadieu s'est spécialisé dans les relations sociales au travail et les déterminants physiques de la sélection sociale. Il dirige l'Observatoire des discriminations (créé en nov. 2003) qui étudie la question de la discrimination à l'embauche en France. Ce sociologue est également professeur à l'Université Paris I - Panthéon Sorbonne.

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"Ce sont les classes dominantes qui maîtrisent les codes des apparences."

 Pierre Bourdieu

 Cité dans Savoir gérer les personnes toxiques, de Christophe Médici, Ed. Dangles, 2015, p. 21. 

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"[...]. Avoir une image avenante, agréable est un atout maître. les enquêtes récentes auprès des services de recrutement démontrent même que la façon de se présenter, son apparence physique, représente le critère de sélection numéro un, avant même les compétences. [...]." 

Christophe Médici : Savoir gérer les personnes toxiques, Ed. Dangles, 2015, p. 21.

appartement

"Pourquoi dit-on souvent qu'un appartement est haut de plafond et jamais bas de plancher ?"

Pierre Dac, rédacteur en chef de : L'os à moelle, Le Livre de Poche n° 3937, 1974, p. 71. Textes réunis et présentés par Michel Laclos.

monde arabe

"Ce que disait Gramsci de l'Europe des années 1930 est valable pour le monde arabe actuel : "L'ancien monde est déjà disparu, le nouveau monde n'est pas encore là, et dans cet entre-deux les monstres apparaissent.""

Kaouther Ben Hania (1), interviewé par Mathilde Blottière pour le journal Télérama n° 3403 du 4 au 10 avril 2015, p. 16. Interview minute intitulé Femme libérée, c'est pas si facile. Propos recueillis par Mathilde Blottière.

NOTE JMS :

Née en 1977 en Tunisie. Actrice, scénariste, cinéaste et productrice. En 2006, elle rejoint la chaîne Aljazeera Documentaire et y travaille jusqu'en 2007. En 2008, elle obtient un master 2 à Paris 3 Sorbonne. Son mémoire s'intitule : Le documenteur : la fiction avec ou contre le documentaire. Son premier long métrage, en 2013, est consacré au Challat de Tunis, un motard qui, au début des années 2000, tailladait les fesses des femmes court vêtues. La rue le baptisa le challat, le "balafreur".

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"Je ne suis pas l'Arabe qui cache la forêt."

Azouz Begag (1)

SOURCE :

Matthieu Verrier : Le contre-manuel de la politique, Tana éditions, avril 2016, p. 58.

NOTE JMS :

(1) Cf. not. https://fr.wikipedia.org/wiki/Azouz_Begag

Louis Aragon

" [...]. C'est un homme qui écrit remarquablement bien mais c'est tout. Il n'est plus actuel. Sa voie de garage est le roman historique. Il s'apparente aux raconteurs d'histoires soviétiques officiels qui en sont restés à la mode du récit exhaustif, tout comme le cinéma soviétique. Il ne change plus rien. Il ne provoque plus l'écriture des autres."

"[...]. Il a sur le visage la sorte de mensonge dont je le soupçonnais, une faculté de jouer la bonne foi, presque la naïveté, pour faire avaler ses couleuvres [...]. Je me souviens avoir baissé les yeux de honte quand il a parlé des vies humaines qu'il avait sauvées."

"[Aragon, c'était] pire que le masque. Le visage était devenu un masque, mais en vie. L'horreur. Il mentait tout le temps et partout. [...]. Ca allait jusqu'au dégoût de ceux qui ont l'habitude de ça. Les yeux, comme Marchais, ne regardaient pas. On ne l'a jamais arrêté de parler (1). J'espérais que quelqu'un lui dirait : vous mentez [...]. Non, non, ils ont écouté jusqu'au bout ce héros de poubelle. Mais beaucoup, beaucoup de gens ont enfin compris ce qu'était Aragon cette nuit-là."

"Il n'y a pas d'écrivains communistes". Entretien des Cahiers du cinéma avec Marguerite Duras et qui a été publié dans "Les Yeux verts" de Marguerite Duras, n° 312-313 des Cahiers du cinéma  de juin 1980 (rééd. oct. 2014 sous le titre Marguerite Duras et le cinéma. Les Yeux verts). L'extrait du texte cité se trouve aux pp. 131/32 de cette réédition.

NOTE JMS :

(1) Marguerite Duras parle dans cet entretien de l'un des passages de celui-ci à la télévision.

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"Aragon ! Lui-même... Tel qu'en lui-même enfin l'absence d'éternité le change... Le surréalisme vitreux... Le communisme hébété... Ne voyant rien... Ne percevant rien... Promenades de guignol..."

Philippe Sollers : Femmes, Paris, Gallimard, 1983 (1).

SOURCE : Guy Bechtel et Jean-Claude Carrière : Dictionnaire de la bêtise, suivi du Livre des bizarres, nouvelle éd., Robert Laffont, col. Bouquins, 2014, p. 43.

NOTE JMS :

(1) Louis Aragon, né en 1897, est décédé en 1982.

araignée

"Les araignées emploient deux voyelles et deux consonnes, puisqu'elles prononcent tak et tok."

Pierre Samuel Dupont de Nemours (1739-1817) (1) ; cité in Curiosités philologiques, géographiques et ethnologiques, par une Société de gens de lettres et d'érudits, 1855. 

SOURCE : Guy Bechtel et Jean-Claude Carrière : Le dictionnaire de la bêtise, suivi du Livre des bizarres, nouvelle éd., Robert Laffont, col. "Bouquins", 2014, pp. 38/39.

NOTE JMS :

(1) Economiste, homme politique, entrepreneur et diplomate. Il nous a laissé une grande quantité d'ouvrages sur l'économie, la politique, la physiologie, la physique et l'histoire naturelle, dont notamment des mémoires sur les animaux dans lesquels il leur prête un langage.

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"Noire et velue, elle fait peur à certains mais l'araignée n'est pas dangereuse dans la majorité des cas. Insecte discret, elle est l'alliée du jardinier et bientôt, peut-être, du médecin."

"Une inoffensive épeire diadème est considérée comme un monstre au début de L'Etoile mystérieuse : voilà un exemple parmi tant d'autres de l'image de l'araignée véhiculée par bon nombre de films et de récits de science-fiction. Un cliché que cherche à combattre depuis des années Christine Rollard, enseignante-chercheure au Muséum national d'histoire naturelle de Paris, en multipliant les conférences, les cours, les articles et les ouvrages (1). Soyons sérieux : en comptabilisant les accidents recensés dans le monde entier, les araignées ne font pas plus d'une dizaine de morts par an ! Et sur le sol français, elles n'ont jamais fait de victimes. Il n'y a donc aucune raison de voir en elles une menace..."

"[...]".

Anne Lefèvre-Balleydier (2) : "Devant une araignée, oubliez les frissons !" in Les animaux de Tintin, Le Point hors-série, 2015, p. 66.

NOTE JMS :

(1) La spécialité de Christine Rollard est l'aranéologie. Elle a notamment consacrée sa thèse sur les relations insectes-araignées (soutenue en 1987 à l'Université de Rennes I).

(2) Docteure ès-sciences, Anne Lefèvre-Balladier est une journaliste scientifique spécialisée dans les questions de biologie et d'écologie.

arbre

"Il y a deux sortes d'arbres : les hêtres et les non-hêtres."

Raymond Queneau.

Cité dans le Dictionnaire amoureux de l'Humour, de Jean-Loup Chiflet (Plon, 2012, p. 650).

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"Les arbres sont des alphabets, disaient les Grecs. Parmi tous les arbres-lettres, le palmier est le plus beau. De l'écriture, profuse et distincte comme le jet de ses palmes, il possède l'effet majeur : la retombée."

Roland Barthes : Roland Barthes par Roland Barthes, Ed. du Seuil, col. "écrivains de toujours", 1975, p. 45.

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"Un seul hêtre vous manque

 et tout est déboisé."

Auguste Derrière : Les girafes n'aiment pas les tunnels, Le Castor Astral, 2015, p. 28.

arbre généalogique

"[Jean Genet] sait [...] que le discours politique soutient d'ordinaire une Histoire nationale et familiale où sont évoqués "nos ancêtres", "nos fils et nos filles", "nos enfants", "nos frères", dignes descendants d'une lignée pure. Il est vrai qu'à côté de l'Histoire des grands, des nobles, bref des Européens, Genet a toujours opposé et valorisé la ligne bâtarde, l'Histoire des révolutionnaires, des Palestiniens, des colonisés, des immigrés, de tous ceux qui sont sans pays, sans territoire, la singulière tradition des Jean sans Terre. L'arbre généalogique, dans ce contexte, évoque toujours pour Genet (ainsi que le lui avait fait remarquer David Hilliard, membre des Panthères noires) "d'abord une plante à la branche de laquelle on pendait à la fois des Nègres" (1), "potence où des générations de Noirs ont été lynchés" (2). Et l'inscription d'une Histoire rompue, cassée, passe alors par l'établissement d'une lignée des "pendus, lynchés, martyrisés, exilés, terrorisés" (3), de Nat Turner (4) à George Jackson (5), qui tient compte aussi de tous les déracinés dont l'ancrage reste problématique. [...]. "Nos fills et nos filles", "nos enfants" sont des appels qui sonneront toujours faux pour lui. Sa propre progéniture, sa production textuelle, ne saurait déroger à la règle."

Nathalie Fredette : Figures baroques de Jean Genet, XYZ éd., Montréal, et Presses Universitaires de Vincennes, Université de Paris VIII, 2001, p. 175.

NOTES JMS :

(1) L'ennemi déclaré. Textes et entretiens, Gallimard, 1991, p. 222 [repris en oct. 2010 en col. Folio (n° 5135)].

(2) Ibid., p. 84.

(3) " " ", p. 103.

(4) 1830-1831. Esclave afro-américain qui conduisit une révolte dans le  comté de Southtampton en Virginie. Celle-ci fut très fortement réprimée et conduisit à la mise en place de nouvelles lois dans les Etats du Sud, plus coercitives encore vis-à-vis des esclaves.

(5) 1941-1971. Membre du Black Panther Party et l'un des Soledad Brothers.

Alexander Porfyrovych Archipenko

"[...]. Archipenko, t'es rien toc. Bien que le juif  et sérieux Apollinaire ait écrit dans une de ses dernières critiques : "Que ceux qui rient d'Archipenko sont à plaindre", je trouve que ceux qui rient devant une fumisterie ou un chef d'oeuvre sont des gens heureux. [...]."

Arthur Cravan : revue Maintenant n° 4, mars-avril 1914 (à propos du Salon des Indépendants).

Rééd. : Maintenant avril 1912 - mars-avril 1915, Seuil, col. "l'école des lettres", 1995, p. 93.

architecte

"On fait parfois des pendaisons de crémaillère. Il vaudrait mieux, de temps en temps, pendre un architecte."

 Jean Mistler

Cité dans le Dictionnaire Amoureux de l'humour, de Jean-Loup Chiflet (Plon, 2012, p. 650).

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"Tous imbéciles. Oublient toujours l'escalier des maisons."

Gustave Flaubert : Le Dictionnaire des idées reçues, Le Castor astral, col. "Les Inattendus", 2015.

architecture

"Il n'y a que quatre ordres d'architecture. Bien entendu qu'on ne compte pas l'égyptien, le cyclopéen, l'assyrien, l'indien, le chinois, le gothique, le roman, etc."

Gustave Flaubert : Le Dictionnaire des idées reçues, Le Castor astral, col. "Les Inattendus", p. 2015.

argent

Antoine de Rivarol à propos d'Honoré Gabriel Riqueti, comte de Mirabeau (1) : "Mirabeau est capable de tout pour de l'argent, même d'une bonne action."

Cité dans Le Bouquin des méchancetés et autres traits d'esprit, de François Xavier Testu (Ed. Robert Laffont, col. "Bouquins", 2014, p. 820).

NOTE :

(1) Homme politique français (1749-1791). "Après une jeunesse tourmentée, il fut élu, quoique noble, représentant du tiers état d'Aix-en-Provence en 1789. Orateur prestigieux, il est l'auteur de la célèbre apostrophe au marquis de Dreux-Brézé : "Allez dire au roi que nous sommes ici par la volonté du peuple et que nous n'en sortirons que par la force des baïonnettes" (23 juin 1789). Favorable à une monarchie constitutionnelle, il entra secrètement au service du roi (mai 1790), qui le pensionna mais ne tint pas compte de ses conseils." (Petit Larousse illustré 2014).

aristocratie

"Y'a quelqu'un qui m'a demandé : "Monsieur, avez-vous le sentiment d'appartenir à l'aristocratie ?". Alors, je lui ai répondu : "Ecoutez, non [rires de Christophe Bourseiller], je ne crois pas être meilleur que les autres", mais j'ai senti qu'ils étaient presque déçus."

Christophe Bourseiller (1)

in Mes questions à... La franc-maçonnerie, de Serge Moati et Alice Cohen (France, 2014).

NOTE JMS :

(1) Christophe Bourseiller est né en 1957. Il est acteur*, journaliste, écrivain, enseignant et ancien franc-maçon**.

  * Il a notamment tourné sous la direction de Jacques Demy, Jean-Luc Godard, Claude Lelouch et Yves Robert.

** Après avoir été initié en 1984 à la Grande Loge nationale française, il a rejoint la Grande Loge de France de 1990 à 2000.

arithmétique

Exercice proposé par un livre scolaire dans l'Allemagne hitlérienne (cité in H.J. Gamm, Der braune Kult, Hamburg, Rütten et Loenig, 1962, p. 215, et in Alfred Grosser, Le Crime et la Mémoire, Flammarion, 1989, p. 65) :

Un aliéné coûte quotidiennement 4 marks, un invalide 5,5 marks, un criminel 3,5 marks. Dans beaucoup de cas, un fonctionnaire ne touche quotidiennement que 4 marks, un employé 3,5 marks, un apprenti 2 marks.

1. Faites un graphique avec ces chiffres.
2. D'après des estimations prudentes, il y a en Allemagne 300 000 aliénés, épileptiques, etc. dans les asiles. Calculez combien coûtent annuellement ces 300 000 aliénés et épileptiques. Combien de prêts aux jeunes ménages à 1000 marks pourrait-on faire de façon non remboursable, si cet argent pouvait être économisé ?

SOURCE : Guy Bechtel et Jean-Claude Carrière : Dictionnaire de la bêtise, suivi du Livre des bizarres, nouvelle éd., Robert Laffont, col. Bouquins, 2014, p. 45.  

Arméniens

A propos du documentaire de Bernard George intitulé : La Vengeance des Arméniens. Le procès Tehlirian (France, 2015, 55 mn), Hélène Rochette, dans un encadré Télérama consacré à celui-ci, écrit ceci : 

"Le 3 juin 1921, le tribunal de Berlin acquitte un assassin de 23 ans. La relaxe du meurtrier de Talaat Pacha, ex-ministre turc et principal ordonnateur du génocide des Arméniens de 1915, est perçue comme la réparation d'un crime d'Etat. L'acquittement de Soghomon Tehlirian, dont la famille a été décimée six ans plus tôt, résulte d'une subtile stratégie. Les avocats ont fait valoir la faiblesse psychologique du prévenu, seul rescapé parmi les siens."

"[...] ce film retrace la planification du premier génocide du XXe siècle. Insistant sur l'implication de l'Allemagne, alliée aux Ottomans en 1914 et dont l'état-major a assisté sans réagir à l'élimination programmée, le réalisateur s'attache aussi au profil du jeune vengeur. Loin d'avoir agi seul, Tehlirian appartenait à un commando clandestin, chargé de supprimer les membres de la dictature jeune-turque (1), à l'origine des tueries. [...] le documentaire dévoile l'étendue des atrocités et de l'organisation génocidaire, des premières rafles de Constantinople à la découverte des charniers."

NOTE JMS :

(1) Jöngtürkler, en turc : parti politique nationaliste, révolutionnaire et réformateur ottoman, officiellement connu sous le nom de Ittihat ve Terakki Cemiyeti (Comité Union et Progrès), et dont les chefs ont notamment planifié le génocide arménien.

arrière-garde

ARRIERE-GARDE n. f. (av. 1150) : réfection de reregarde (1080) ; de l'ancien français rere, "en arrière" (du latin retro). Comme le mot avant-garde, c'est un terme militaire employé au figuré.

SOURCE : LE ROBERT. Dictionnaire historique de la langue française (sous la direction d'Alain Rey), Dictionnaires LE ROBERT, Paris, 1992.

art

"L'art est de nature hypnotique. C'est la plus grande force politique qui existe."

Le Corbusier.

Cité dans Madame Figaro, supplément-Figaro n° 21643 et 21644 des 7 et 8 mars 2014, p. 13.

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"L'art est comme un incendie. Il naît de ce qu'il brûle."

Jean-Luc Godard.

Cité dans Madame Figaro, supplément-Figaro n° 21643 et 21644 des 7 et 8 mars 2014, p. 13. 

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"Voilà la direction que doit prendre l'art : l'expression intellectuelle, plutôt que l'expression animale. J'en ai assez de l'expression : "bête comme un peintre"."

 Marcel Duchamp

 Cité par Elie During et Laurent Jeanpierre in "En passant par l'art" (revue Critique n° 759-760 : "A quoi pense l'art contemporain ?",  Les Editions de Minuit, août-septembre 2010, p. 643).

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"[...]. Il faut absolument vous fourrer dans la tête que l'art est au bourgeois et j'entends par bourgeois : un monsieur sans imagination. [...]."

Arthur Cravan : revue Maintenant n° 4, mars-avril 1914 (à propos du Salon des Indépendants).

Rééd. : Maintenant, Seuil, col. "l'école des lettres", 1995, p. 80.

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"Le modèle pour un vrai peintre c'est la vie. [...]. Il est vrai qu'il en est parmi ceux-ci qui croient que l'art est supérieur à la nature. Oui, chéri !"

Arthur Cravan : idem ci-dessus, pp. 82/83.

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"L'art est un jeu. Tant pis pour celui qui s'en fait un devoir."

Max Jacob (1)

NOTE JMS :

(1) Cf. not. : http://www.max-jacob.com/biobibliographie.html

SOURCE :

Le Nouvel Observateur n° 1207, 25-31 décembre 1987, pp. 54-55.

 

 

 

histoire de l'art

"J'adore cette période qui va de Vinci à Warhol."

 Réplique de Valérie Lemercier dans Musée haut, musée bas, de Jean-Michel Ribes (France, 2008, 95 mn).

art contemporain

"[...]. De nombreux artistes découvrent aujourd'hui les ressources d'une "pensée sauvage" ou d'un savoir "sceptique" capable d'interroger l'héritage complexe de la pensée moderniste, jusque dans le nouage entre art et théorie consacré par le discours esthétique. Ces explorations passent par l'invention de nouveaux formats qui contribuent à rendre visible un réseau d'expériences où les discours, les savoirs et les pratiques parviennent à communiquer sur un mode qui ne se réduit pas à celui, imaginaire, de la culture comme espace commun de circulation des valeurs et des signes, vaste répertoire de codes et de motifs où puiserait l'imagination blasée ou rêveuse des artistes. Il ne s'agit pas d'être plus savant ou plus malin, ni de penser des choses inouïes, mais d'essayer des connexions : le réel de l'art - ce par quoi il provoque à penser - est dans l'invention de ces prises."

Elie During et Laurent Jeanpierre : "En pensant par l'art" in revue Critique "A quoi pense l'art contemporain ?" (août-septembre 2010, Les Editions de Minuit, p. 646).  

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Dans un article du journal Le Monde du 25 février 2012 intitulé "Béatrice Josse,  "femme flic" de l'art contemporain", Clarisse Fabre (1) écrit :

"Où sont les femmes ? Béatrice Josse a mis la question sur la table dès sa nomination à la tête du Fonds régional d'art contemporain de Metz, le FRAC Lorraine. C'était en 1993. [...] La jeune femme, féministe en diable, a commencé par mener un drôle d'inventaire : combien d'oeuvres signées par des femmes figurent dans les collections des musées de la région ? "Résultat, 5 % ! 95 % des oeuvres étaient masculines", s'étonne-t-elle encore aujourd'hui. [...]."

"Sa mission : délivrer l'art contemporain de l'ominprésence des mâles. Dès 1995, elle a proposé au conseil d'administration du FRAC Lorraine d'acheter une photo de Sophie Calle, intitulée Le Divorce (1994). Debout, derrière son mari, celle-ci lui tient le sexe pendant que celui-ci urine. "Il y a plein de femmes nues dans l'histoire de l'art. Mais quasiment pas d'hommes. Je voulais un bite dans ma collection", dit-elle. Localement, le Front national a instrumentalisé l'affaire. L'Etat et le conseil régional, qui financent à parité le FRAC, se mordaient les doigts. L'impétueuse a failli perdre son poste. Entre-temps, Le Divorce a été vendu ailleurs..."

"Peu importe, cette polémique a marqué le point de départ d'une politique qui va s'épanouir entre 2000 et 2006 : l'achat exclusif d'oeuvres émanant d'artistes féminines. [...]."

"Presque vingt ans plus tard, Béatrice Josse, 46 ans, fait toujours figure de vigie. Adolescente, elle voulait être "commissaire de police" et exercer un "métier d'homme". Elle est devenue... commissaire d'exposition. Mais le goût de l'enquête ne l'a pas quittée. Pas une exposition qui n'ait une résonance avec un fait politique ou une tendance émergente de la société. On l'imagine munie d'une longue-vue, surveiller l'horizon depuis le pigeonnier de l'hôtel particulier du XIIe siècle, une petite merveille, qui abrite le FRAC. "C'est le plus haut point de la ville. Un symbole phallique", grince la maîtresse de cérémonie, décidément irrécupérable, qui a rebaptisé le lieu :  "Hôtel Saint-Livier", cela faisait trop curé. Elle a commencé par jouer avec les mots, s'apercevant que "Livier est l'anagramme de virile...".

"Celle qui aime déplacer les lignes a fini par trouver : le FRAC se nomme "49 Nord 6 Est", du fait de sa situation géographique. [...]."

NOTE JMS :

(1) Clarisse Fabre a notamment réuni des articles du journal Le Monde qui présente un historique de la place des femmes dans la vie politique française, articles qui ont été publiés chez J'ai lu, col. "Librio document", en juillet 2001 (156 p.) sous le titre : Les femmes et la politique. Du droit de vote à la parité.

art culinaire

"Il est incontestable que, de tous les arts, l'art culinaire est celui qui nourrit le mieux son homme."

Pierre Dac, directeur en chef de : L'os à moelle, Le Livre de Poche n° 3937, 1974, p. 72. Textes réunis et présentés par Michel Laclos.

artiste

"[...] sous l'apparence, je suis tenté de dire sous le déguisement, d'un membre de la race humaine, l'individu est en fait tout à fait seul et unique et les caractéristiques communes à tous les individus pris en masse n'ont aucun rapport avec l'explosion solitaire d'un individu livré à lui-même."

"Max Stirner, au siècle dernier, a très clairement établi cette distinction dans son remarquable ouvrage Der Einziger und sein  Eigentum (1) [...]."

Extrait du texte d'une allocution (en anglais) prononcée par Marcel Duchamp lors d'un colloque organisé à Hofstra le 13 mai 1960. Repris dans Duchamp du Signe, Flammarion, 1975, p. 238.

NOTE JMS :

(1) Publié en français sous le titre : L'Unique et sa propriété (Paris, P.-V. Stock, éditeur, 1899). Traduit par Robert L. Reclaire.

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"On croit généralement que les artistes sont les gens les plus paisibles, les plus sages, les plus absorbés dans le monde des idées et des sentiments. Rien de plus faux. Ils sont les plus près de la bête. Grattez un peu, écorchez à la surface cette peau mince ; enlevez tous ces costumes vastes et magnifiques dont ils s'enveloppent, cherchez l'animal sous cette belle apparence, sous cette grandeur, sous ce génie, et vous serez stupéfaits..."

"[...]."

Filadelf Gorilla : L'homme, singe dégénéré, notes et impressions d'un singe, 1893 (1).

SOURCE : Guy Bechtel et Jean-Claude Carrière : Dictionnaire de la bêtise, suivi du Livre des bizarres, nouvelle éd., Robert Laffont, col. Bouquins, 2014, p. 47.

NOTE JMS :

(1) Publié aux éd. H. Jouve, on peut lire, à propos de cet ouvrage, dans La Nouvelle Revue* (1893, p. 893) :

"Aimable fantaisie de beaucoup d'esprit qui se sert volontiers de la forme humoristique pour faire entendre au lecteur des vérités assez dures sur les hommes et les choses du temps présent."

* Le périodique bimensuel La Nouvelle Revue (1879-1940) est une revue républicaine qui a été fondée par l'écrivaine et féministe Juliette Adam (1836-1936).

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"Tous farceurs. Vanter leur désintéressement (vieux). S'étonner de ce qu'ils sont habillés comme tout le monde (vieux).  - Gagnent des sommes folles, mais les jettent par les fenêtres. Souvent invités à dîner en ville. Femme artiste ne peut être qu'une catin. Ce qu'ils font ne peut s'appeler travailler."

 Gustave Flaubert : Le Dictionnaire des idées reçues, Le Castor astral, col. "Les Inattendus", 2015.

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"Messieurs les artistes, foutez-nous donc la paix. Vous êtes une bande de curés qui voulez encore nous faire croire à Dieu. Dieu était juif, il fut roulé par les catholiques."

Francis Picabia (1879-1953)

SOURCE : Le Monde. 200 pensées à méditer avant d'aller voter, Omnibus/Le Monde, mars 2017, p. 27.

arts plastiques

"Les arts plastiques ne sont pas des reptiles en caoutchouc."

Auguste Derrière : Les mites n'aiment pas les légendes, Le Castor Astral / Maison PoaPlume, 2013, p. 49.

Préface de Albert Muddah. Avec la participation exceptionnelle de Plonk et Replonk.

ascenseur

Pourra-t-on un jour construire un ascenseur pour rejoindre la Lune (1) ?

"[...]. L'idée de base serait de maintenir un câble tendu entre la Terre et un satellite artificiel, afin de permettre une circulation efficace et économique des engins spatiaux et de leurs passagers, qui feraient un trajet comparable à celui d'une cabine d'ascenseur. Le point d'arrivée serait à plus de 35 800 km du sol, ce qui implique une sacrée longueur de câble ! Le premier défi, trouver un câble assez résistant, semble en voie d'être vaincu, mais il y en a bien d'autres : risques de collisions avec des satellites, de freinage atmosphérique, de dérive et de vrille du câble... Pour la Lune, la distance est de près de 400 000 km et, problème n° 1, l'arrimage est impossible, puisque la Lune tourne autour de la Terre : en effectuant sa révolution, notre satellite ficellerait sa planète comme un rôti." 

Questions clés sciences, hors série n° 1, ESI éditions, 2018, p. 21. Auteurs : Hubert Kerjean, Eric Mathivet et agence éditoriale Mativox.

NOTE :

(1) Cf. not. : https://fr.wikipedia.org/wiki/Ascenseur_spatial

aspirateur

Otto Preminger, à propos de Marilyn Monroe :

"C'est un aspirateur avec des mamelles."

In François Xavier Testu : Le Bouquin des méchancetés et autres traits d'esprit, chez Robert Laffont, col. "Bouquins", p. 685.

astrologie

"Une preuve grandiose de la pitoyable subjectivité des hommes, qui les incite à tout rapporter à eux-mêmes et à ramener chaque pensée directement à eux-mêmes, nous est fournie par l'astrologie : elle rapporte la course des astres dans l'univers au petit moi, tout comme elle établit une relation entre les comètes dans le ciel et les querelles et fripouilleries sur terre."

Arthur Schopenhauer : Die Kunst zu beleidigen, Verlag C. H. Beck oHG, München, 2002 (L'art de l'insulte, Ed. du Seuil, 2004, pour la trad. française par Eliane Kaufholz-Messmer, p. 29).

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"[...]. L'astrologie n'est pas prédictive, mais descriptive (elle décrit très réalistement des conditions sociales). [...]."

Roland Barthes : Roland Barthes par Roland Barthes, Ed. du Seuil, col. "écrivains de toujours", p. 86.

athéisme

"[...]. Les athées aiment le despotisme."

Jean-Joseph Mounier (1758-1806) : De l'influence attribuée aux philosophes, aux francs-maçons et aux illuminés sur la révolution de France, 1801.

SOURCE : Dictionnaire de la bêtise, suivi du Livre des bizarres, nouvelle éd., Robert Laffont, col. Bouquins, 2014, p. 47.

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Dans le bulletin paroissial de Saint-Etienne de Saint-Brieuc (Bretagne) : La Voix de la cathédrale du 20 avril 1952, on peut lire :

"Du point de vue philosophique et scientifique le plus rigoureux, l'homme laïque, l'homme des marxistes, des francs-maçons, de tous ces tarés et non-évolués de la libre-pensée, est [...] un être [...] qui reste incapable d'accéder à l'existence supérieure d'une personnalité à l'image de Dieu, un être qui, au total, demeure le simple représentant d'une espèce animale un peu supérieure à celle d'un canard."

SOURCE : ibid. ci-dessus.

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"Il est fâcheux que l'idée philosophique ne pénètre pas dans les masses. Elles ne deviendront sérieusement révolutionnaires que par l'athéisme. Jusque-là il n'y aura que de la crème fouettée. On ne peut pas espérer que le peuple raisonne l'athéisme comme un penseur. Il n'a pas l'instruction suffisante. Mais s'il l'acceptait d'instinct sur une donnée brève et générale, il serait armé en guerre et irait, dès lors, au fond des choses. Sans cette base, il ne peut pas comprendre une révolution sociale, un remaniement complet de la société. Il ne se doute pas que l'idée de Dieu est le fondement essentiel de celle qui pèse sur lui. La haine des aristocrates contre l'athéisme, leur cramponnement aux idées religieuses, devraient le mettre sur la voie. Mais il n'y fait pas attention."

(Lettre du 18 avril 1866 : A tous.)

(Bibl. Nat. Mss fr. N.A. 9590.)

Auguste Blanqui : Ni Dieu ni Maître, Aden, col. "opium du peuple", Bruxelles, 2009, p. 47.

Athènes

"[...]. Athènes n'est pas une ville mythique ; elle doit être décrite en termes réalistes, sans rapport avec le discours humaniste (1944). [...]."

Roland Barthes : Roland Barthes par Roland Barthes, Ed. du Seuil, col. "écrivains de toujours", p. 86.

athlète

"[...]. Les athlètes sont en général peu intelligents."

Dr Alexis Carrel (1873-1944) (1) : L'homme, cet inconnu, éd. Plon, 1935.

NOTE JMS :

(1) A obtenu en 1912 le prix Nobel de physiologie ou médecine. Par ailleurs, son livre L'homme, cet inconnu, fut maintes fois traduit et réédité et connut un succès mondial jusqu'en 1950. Il y prône le remplacement de la démocratie par la biocratie et y fait l'éloge de l'eugénisme et de l'euthanasie.

atome

"Perrin, la guerre atomique aura lieu. Je ne la verrai pas, mais, vous, vous la verrez."

Charles de Gaulle (1890-1970) à Francis Perrin (1901-1992), haut commissaire à l'énergie atomique (1951-1970), juillet 1959. Cité in Jean Lacouture, De Gaulle, III, p. 452.

SOURCE : Dictionnaire de la bêtise, suivi du Livre des bizarres, nouvelle éd., Robert Laffont, col. Bouquins, 2014, p. 49.

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"Le moment est venu d'extirper de la physique aryenne les derniers vestiges de l'esprit sémite. L'atome allemand ne ressemble en rien à l'atome judéo-marxiste."

Johannes Stark (1874-1957), prix Nobel de physique en 1919, in : Les Grands Hommes devant la Science, 1938.

SOURCE : Guy Bechtel & Jean-Claude Carrière : Dictionnaire de la bêtise suivi du Livre des bizarres, Robert Laffont, col. Bouquins, nouvelle éd., 2014, p. 50.

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"Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires [TNP], traité élaboré en 1968, entré en vigueur en 1970 et prorogé pour une durée illimitée en 1995. Il a été signé aujourd'hui par quelques 190 Etats s'engageant à ne pas fournir d'armements nucléaires ni de matières ou de produits fissiles spéciaux à des Etats non dotés de l'arme nucléaire, et à ne pas en accepter d'eux. Dans la même logique a été signé en 1996 le traité d'interdiction complète des essais nucléaires [TICE, en angl. CTBT (Comprehensive Nuclear Test Ban Treaty)]."

Petit Larousse illustré 2014, Larousse, 2013.

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"Tout est fait d'atomes et de vide."

Attribué à Démocrite d'Abdère (1) par Aristote et Diogène Laërce

SOURCE :

Les grandes expressions philosophiques, Hors-série Le Point, nov.-déc. 2017, p. 23.

NOTE :

(1) Cf. not. : https://fr.wikipedia.org/wiki/Démocrite

 

atopie

"Fiché : je suis fiché, assigné à un lieu (intellectuel), à une résidence de caste (sinon de classe). Contre quoi, une seule doctrine intérieure : celle de l'atopie (de l'habitacle en dérive). L'atopie est supérieure à l'utopie (l'utopie est réactive, tactique, littéraire, elle procède du sens et le fait marcher)."

Roland Barthes : Roland Barthes par Roland Barthes, Ed. du Seuil, col. "écrivains de toujours", 1975, p. 53.

atypique

"ATYPIQUE ?"

"Ah, t'y es mal rasé !"

Auguste Derrière : Les girafes n'aiment pas les tunnels, Le Castor Astral / Maison PoaPlume, 2015, p. 19.

Michel Audiard

"Il était extrêmement menteur. Il adorait brouiller les pistes, disait que c'est dans les cafés qu'il pêchait ses formules, ses mots d'argot, ces trucs avec un stylo. La réalité est tout autre. C'est qu'en réalité, Audiard était un homme extrêmement littéraire."

Entretien avec Alain Riou, critique de cinéma, in : Michel Audiard "J'parle pas aux cons, ça les instruit.", d'Yves Riou et Philippe Pouchain (France, 2015, 55 mn.).

Auschwitz

"Auschwitz fait partie de la patrie de tous les hommes. Tous, de toutes les races. C'est un bien commun à l'humanité."

 Marguerite Duras in Le Siècle de Marguerite Duras, de Pierre Assouline (France, 2014).

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"J'avais lu dans la biographie de de Gaulle par Jean Lacouture qu'en 1967, au cours de son voyage officiel en Pologne, le Général avait péniblement inscrit dans le Livre du souvenir d'Auschwitz quelques lignes où il était question d'espérance humaine. Lacouture, qui était du voyage, ne put vraisemblablement pas lire par-dessus l'épaule du général ce que celui-ci écrivait. Aussi préféra-t-il citer l'aide de camp Jean d'Escrienne [...]."

"C'est ainsi que des témoins irréfutables accréditèrent des boniments. Aux archives du musée d'Auschwitz, je constatai que le texte véritable n'était pas celui que d'Escrienne et Lacouture avaient diffusé, mais celui-ci :"

                                                                              "A Auschwitz,

                                                                               quelle tristesse !

                                                                               quel dégoût ! et, malgré tout,

                                                                               quelle espérance humaine !"

"[...]."

"De Gaulle écrivit ces lignes à l'encre bleue, le 9 septembre 1967, en haut d'une page blanche. Le bas de la page fut combé ensuite par deux photos de lui et une légende portée à la main, en polonais, au crayon à bille vert : "Le président de la France, le général Ch. de Gaulle". On colla également des photos sur trois des pages antérieures. Quatre pages au total sont ainsi consacrée à cette visite présidentielle d'Auschwitz-I et de Birkenau. Sur l'une des photographies, on reconnaît Mme Yvonne de Gaulle, en chapeau."

"[...]."

Adrien Le Bihan : Auschwitz Graffiti, col. "Librio", Editions J'ai Lu, 2000, pp. 24/25. Préface de Pierre Vidal-Naquet.

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"D'une terre où les mots n'osent plus aborder."

 René Char (1)

NOTE JMS :

Paroles du poète de l'Isle-sur-Sorgue écrite de sa main en 1948 sur l'exemplaire personnel de Pierre Vidal-Naquet de Seuls demeurent.

Ces paroles sont citées à la page 10 de la préface que ce dernier a écrite pour le livre d'Adrien Le Bihan : Auschwitz Graffiti, col. "Librio", Editions J'ai Lu, 2000.

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Dans un encadré Télérama consacré au documentaire de Lucy Parker : Auschwitz, la preuve oubliée (Grande-Bretagne, 2004, 55 mn), Marie Cailletet écrit :

"Août 1944. Un avion de reconnaissance allié survole le sud de la Pologne. Sa mission : photographier une usine nazie, IG Farben, spécialisée dans les produits chimiques. Pris à très haute altitude, les clichés figent un autre complexe, situé à quelques kilomètres : le camp d'extermination d'Auschwitz, ses cinq fours crématoires à même d'éliminer 12 000 personnes par jour, ses "sélections", ses baraquements où s'entassent juifs, politiques, homosexuels et Tziganes, ses rails qui acheminent les convois venus de toute l'Europe. Atroce ironie, les photographies aériennes sont classées, oubliées. Fil rouge de ce documentaire, elles exhument quelques terrifiants questionnements. Pourquoi les Alliés n'ont-ils pas bombardé Auschwitz ? Que savaient-ills du camp ? Depuis quand ? Adossé aux éclairages d'historiens, et nourris d'archives noir et blanc, le film montre que, dès 1941, rapports des organisations juives, compte-rendus de la Résistance et expertises des services secrets convergent."

"Usine de mort industrielle, Auschwitz est l'un des camps imaginé par les nazis pour mener à bien, entre autres, l'extermination systématique des juifs. Tandis que les alarmes se multiplient, la sidération semble tétaniser les Alliés. Seuls les témoignages de deux évadés ébranleront, en juillet 1944, leur "candeur". A l'initiative de Churchill, qui souhaite mettre un terme à l'hécatombe, Américains et Britanniques discuteront, trois mois durant, de l'opportunité de bombarder. Le risque de tuer des milliers de détenus et le choix de concentrer l'effort de guerre contre les armées du Reich les conduiront à une non-intervention. [...]."

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"Il vaut mieux rire d'Auschwitz avec un juif que jouer au Scrabble avec Klaus Barbie."

Pierre Desproges : Vivons heureux en attendant la mort, Ed. du Seuil, 1983.

SOURCE :

"Shocking ! Ces plaisenteries qu'on n'ose plus faire" in Revue Des Deux Mondes : Le rire est-il mort ?, juillet-août 2018, p. 35.

 

autobiographie

"Je trouve les autobiographies terriblement ennuyeuses. [...]. Je n'ai jamais connu mon père. Je serai très brève sur ces faits ennuyeux. Et ma mère me détestait. La première fois que j'ai reçu de l'affection, c'était, d'une part, à l'école, car j'étais une bonne élève, mes profs m'appréciaient, d'autre part, sexuellement ; et j'ai été déflorée très jeune. On m'aimait comme ça. j'ai toujours lié l'amour et le sexe, jusqu'à récemment ! J'ai dû grandir pour cesser d'y croire. Mais tout vient en partie de là."

Kathy Acker : extrait de The South Bank Show, Londre, 1984, in Qui a peur de Kathy Acker ? (Who's afraid of Kathy Acker ?), par Barbara Casper (Allemagne, Autriche, 2007, 79 mn). V.F. : Télé Europe.

automobile

"Je crois que l'automobile est aujourd'hui l'équivalent assez exact des grandes cathédrales gothiques : je veux dire une grande création d'époque, conçue passionnément par des artistes inconnus, consommée dans son image, sinon dans son usage, par un peuple entier qui s'approprie en elle un objet parfaitement magique."

Roland Barthes : "La nouvelle Citroën", in Mythologies, Points/Seuil, 2e trimestre 1970, p. 140 (1ère éd., Seuil, 1957).

avant-garde

"AVANT-GARDE n. f. (XIIe s., avant-garde ; de avant), d'abord terme militaire puis, au figuré (XVIe s.), "ensemble des groupes qui jouent un rôle de précurseurs" ; le mot a deux dérivés, AVANT-GARDISME n. m. (1918) et AVANT-GARDISTE adj. et n. (1918 ; le sens de "milicien fasciste italien" est emprunté à l'italien avantguardista)."

LE ROBERT. Dictionnaire historique de la langue française (sous la direction d'Alain Rey), Dictionnaires LE ROBERT, Paris, 1992.

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"[...] l'avant-garde restera en définitive attachée à la société bourgeoise précisément parce qu'elle avait besoin de son argent."

"Aucune culture ne peut se développer sans une base sociale, sans une source de revenus stable. Dans le cas de l'avant-garde, ceci était jusqu'à présent assuré par une élite appartenant à la classe dirigeante de la société dont cette avant-garde se voulait coupée mais à laquelle elle est toujours restée attachée par un cordon ombilical d'or."

Clément Greenberg : "Avant-garde et kitsch", in Art et Culture. essais critiques, Macula, 1988, p. 11 et p. 15. Trad. Ann Hindry.

aveugle

"L'écolier aveugle a une supériorité sur l'écolier voyant : il n'est pas distrait, il suit sa pensée ou l'explication et la démonstration de l'institutrice sans en être détourné - comme c'est le cas trop souvent pour les élèves voyants - par d'insignifiantes manifestations extérieures, le vol d'une mouche ou la grimace d'un camarade."

Les Nouvelles illustrées du 17 mars 1904.

SOURCE : Guy Bechtel et Jean-Claude Carrière : Dictionnaire de la bêtise, suivi du Livre des bizarres, nouvelle éd., Robert Laffont, col. Bouquins, 2014, p. 52.

avortement

"J'me souviens de mes avortements : 190 dolllars. Les avortements sont le symbole, le signe externe des relations sexuelles en ce monde. Décrire mes avortements est la seule façon pour moi de parler de la souffrance et de la peur. Mon envie insatiable de faire l'amour me l'a appris."

Kathy Acker

SOURCE :

Qui  a peur de Kathy Acker ? (Who's afraid of Kathy Acker ?), Allemagne, Autriche, 2007, 79 mn. V.F. : Télé Europe.

 

axiologie

"AXIOLOGIE, A. Etude ou théorie de telle ou telle sorte de valeur. [...]. B. Théorie critique de la notion de valeur, en général."

Vocabulaire critique et technique de la philosophie, par André Lalande, P.U.F., 1972.

Charles Aznavour

Publié le 30 décembre 2017 à 15.58 par Orange - Agence France Presse (AFP) :

"Le chanteur de 93 ans était en concert à Port-au-Prince vendredi 29 décembre. Mais pour pouvoir assister à cette unique date sur l'île, il fallait débourser au minimum 100 dollars, soit près de 85 euros, rapporte la correspondante de RFI en Haïti."

"Les places les plus chères coûtaient 250 dollars, soit 210 euros. Un prix exorbitant au regard du salaire moyen sur l'île qui est de 63 dollars, à peine plus de 50 euros. Le concert de Charles Aznavour était donc "pour l'élite" pour la journaliste qui souligne que le lieu du concert n'était accessible qu'en voiture."

"LE MEPRIS LE PLUS TOTAL DES CONDITIONS DE VIE DE LA MAJORITE DE LA POPULATION"

"Deux cent cinquante dollars, c'est plus que mon salaire mensuel à l'université d'Etat de Haïti. Et puis le lieu choisi, on a l'impression que cela rappelle les années Duvalier où vous aviez les riches qui allaient faire étalage de leur argent dans le mépris le plus total des conditions de vie de la majorité de la population", déplore l'écrivain Lyonel Trouillot (1) sur RFI."

"J'aimerais bien qu'Aznavour chante quelques chansons à caractère social qu'il a pu écrire ou chanter, parce qu'il faudrait rappeler à ces gens qu'ils sont riches de la misère des autres", dénonce encore l'écrivain qui rappelle que la compagnie qui a invité le chanteur français "est dirigée par le fils de l'ancien président."

NOTE JMS :

(1) Cf. notamment : https://fr.wikipedia.org/wiki/Lyonel_Trouillot