coeur

"FRANKENSTEIN (1) Le docteur fantastique de ce nom, héros de Mary Shelley (2) [...]. Cette Anglaise rêvait d'un Prométée (3) moderne, et son docteur Frankenstein défie la puissance de Dieu : il crée en partant de la mort un faux vivant... C'est le cinéma qui tira le meilleur parti de cette allégorie (4). Un docteur, isolé dans les montagnes du Tyrol (5), compose chirurgicalement un corps humain à l'aide des "meilleurs morceaux" prélevés sur des cadavres. Il lui donne l'étincelle de vie en attirant sur lui la foudre. L'argument est scientifiquement faible. Malgré soi, on fait le rapprochement avec le docteur sud-africain Barnard (6). Sa greffe du coeur est aussi un défi au Dieu créateur, défi prométhéen. Placer un coeur de mort sur un agonisant, c'est sans doute fabriquer un faux vivant, un zombi (7), en tout cas un être spirituellement mort. Le mythe de ce moderne docteur Frankenstein rejoint le mythe médiéval du Golem (8) et de l'homoncule (9). Il rejoint aussi les civilisations ambiguës, à momies, qui comptèrent assurément de ces docteurs morbides, assez misanthropes pour oser des expériences très en marge ! Le cinéma d'épouvante a imaginé des docteurs égyptiens réalisant des momies vivantes ; au lieu de vider le corps de ses viscères, on le mientiendra intact et, par les fumigations d'une plante tabou, l'être entrera dans un état comateux prolongé."

Jean-Louis Bernard : Les Archives de l'insolite, Ed. du Dauphin, 1971 ; rééd. : Le Livre de Poche n° 6803, 1978, 477 p.

NOTES JMS :

(1) Cf. not. : https://fr.wikipedia.org/wiki/Monstre_de_Frankenstein ; https://fr.wikipedia.org/wiki/Frankenstein ; 

https://www.babelio.com/livres/Shelley-Frankenstein-ou-Le-Promethee-moderne/6500 ; https://www.nationalgeographic.fr/histoire/frankenstein-la-naissance-dun-mythe 

et https://www.franceculture.fr/oeuvre-frankenstein-ou-le-promethee-moderne-de-mary-w-shelley

(2) Cf. not. : https://en.wikipedia.org/wiki/Mary_Shelley ; https://fr.wikipedia.org/wiki/Mary_Shelley ; 

https://www.babelio.com/auteur/Mary-Shelley/6802 ; https://www.universalis.fr/encyclopedie/mary-shelley 

et https://www.franceculture.fr/personne-mary-shelley

(3) Cf. not. : https://fr.wikipedia.org/wiki/Prométhée et http://www.cosmovisions.com/$Promethee.htm ;

voir aussi : https://fr.wikipedia.org/wiki/Epiméthée, ainsi que : https://fr.wikipedia.org/wiki/Protagoras_(Platon)

(4) Cf. not. : https://fr.wikipedia.org/wiki/Adaptations_de_Frankenstein

(5) Cf. not. : https://fr.wikipedia.org/wiki/Tyrol et https://fr.wikipedia.org/wiki/Tyrol_(Land)

(6) Cf. not. : https://fr.wikipedia.org/wiki/Christiaan_Barnard et https://www.medarus.org/Medecins/MedecinsTextes/barnard_christiaan.html

(7) Cf. not. : https://www.cnrtl.fr/definition/zombi

(8) Cf. not. : https://www.cnrtl.fr/definition/golemhttps://fr.wikipedia.org/wiki/Golem 

et https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Golem_(film,_1920). Voir également : https://jmsauvage.fr/dictionnaire-des-citations/golem

(9) Cf. not. : https://www.cnrtl.fr/definition/homoncule ; https://fr.wikipedia.org/wiki/Homoncule 

et https://fr.wikipedia.org/wiki/Homoncule_(alchimie)

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"[...]. Par peur de se réveiller dans son cercueil (1), [Frédéric Chopin (2)]  avait demandé - comme son père avant lui - à ce que son corps soit ouvert avant l'enterrement et que son coeur lui soit retiré. [...]."

on : https://leblob.fr/archives/le-coeur-de-chopin-parle

NOTES JMS :

(1) Cf. not. : https://www.lalanguefrancaise.com/dictionnaire/definition/taphophobie

https://fr.wikipedia.org/wiki/Enterrement_vivanthttps://fr.wiktionary.org/wiki/taphophobie ;

https://www.medecine-des-arts.com/fr/article/taphophobie.php ;

https://www.passeportsante.net/sante-mentale/phobie?doc=taphophobie-avez... ;

https://actualitte.com/article/29802/insolite/des-cercueils-securises-ou... ;

https://cosmophobie.fr/taphophobie et https://www.persee.fr/doc/comm_0588-8018_2019_num_105_1_2959

(2) Cf. not. : https://fr.wikipedia.org/wiki/Frédéric_Chopin ; https://www.musicologie.org/Biographies/chopin.html ;

https://www.pologne.travel/fr-be/nous-conseillons/news/la-pologne-sur-le... ;

https://heritage.bnf.fr/france-pologne/fr/frederic-chopin-article ;

https://www.radioclassique.fr/compositeurs/frederic-chopin/biographie

et https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/la-compagnie-des-oeuvr...

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"Le coeur n'a pas de rides."

Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné (1) : Lettres (2)

NOTES JMS :

(1) Cf. not. : https://fr.wikipedia.org/wiki/Madame_de_Sévigné et https://www.babelio.com/auteur/Madame-de-Sevigne/7783

(2) Cf. not. :  https://www.babelio.com/livres/Sevigne-Lettres/430764 et https://www.espacefrancais.com/madame-de-sevigne-lettres ;

et pour la citation proprement dite, cf. not. : https://www.dicocitations.com/citations/citation-15429.php

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"De tous les battements discontinus de l'organisme vivant, les battements du coeur sont sans doute les plus populaires par tout le symbolisme vital et sentimental qui s'y rattache. Or, là aussi, la technique intervient pour substituer le continu au discontinu. Les coeurs artificiels qu'on pourra bientôt implanter dans la poitrine des malades, ne battront pas. Ce sont des turbines à mouvement rotatif continu. Les gestes traditionnels du médecin "prenant le pouls" du malade n'aura plus lieu : il n'y aura plus de pouls."

"Il est vrai que de tous les muscles du corps, le coeur est celui dont la discontinuité se rapproche le plus du mouvement continu. C'est vrai notamment de sa façon de se reposer. Alors que l'immobilité pendant les heures de sommeil constitue le repos habituel du corps, le coeur, lui, bat sans interruption de la naissance à la mort. Non qu'il ne prenne jamais de repos, mais parce qu'il se repose pendant la fraction de seconde qui sépare deux battements. En d'autres termes, son repos, son sommeil, ses vacances sont pulvérisés et intimement mêlés à son activité."

"Ces vacances du coeur, si particulières, sont un idéal de vie réservé à quelques particuliers. Avoir un travail si bien intégré à la vie quotidienne, si bien rythmé dans ses phases d'effort et de maturation qu'il contient en lui-même son repos et ses vacances, voilà un privilège d'atiste ou à tout le moins d'un artisan d'art, d'aristocrate du travail. Ce qu'est le coeur justement par sa fusion du continu et du discontinu."

Michel Tournier : L'hélice et la nageoire in Le miroir des idées, Mercure de France, 1994, pp. 65/66.