Lacan

"[...] Freud se trouve mis au centre d'un débat essentiel à l'occasion des écrits de Jacques Lacan. [...] le temps viendra d'un jugement serein : mais il faudra bien passer d'abord par l'iconoclasme puisque Lacan est devenu, bon gré mal gré, l'objet d'un culte ridicule dont l'essence profonde est le nihilisme. Le "retour à Freud" masque à peine un abandon de l'attitude critique et méthodique. Le rapprochement de la psychanalyse et de la linguistique entraîne une distorsion des concepts freudiens au profit d'une systématisation pseudo-mathématique qui ne se justifie pas par sa fécondité. Contre la magie collective, il faut dire que les généralisations abusives, l'ésotérisme, la dégradation de la théorie de l'inconscient en manifestation de ce même inconscient, l'arbitraire ntellectuel ont détruit les germes vivants de cette œuvre. Ce sera un sujet d'étonnement, dans vingt ans, que cet engouement pour des acrobaties verbales (1) ait pu passer pour une contribution à la philosophie, que tant d'intelligence et de talent aient pu être dévoyés qui auraient pu contribuer à constituer la philosophie de cette époque. Lacan s'est trouvé pris au centre d'un cercle de surenchère et de surexitation intellectuelles, qui l'a condamné à l' "escalade" verbale, au tour de force, à la thaumaturgie : Les Écrits sont les évangiles apocryphes de la psychanalyse, le merveilleux y prend le pas sur le sens [...], mais il faut aussi comprendre pourquoi l'œuvre de Lacan s'est trouvée projetée ainsi au centre de l'actualité. La raison profonde en est, à mon sens, le nihilisme (2) profond de ntre temps. La culture a perdu son ordre ancien et n'en a point inventé d'autres : nous sommes des déracinés de la culture, sans feu ni lieu [...]."

Pierre Trotignon : Les philosophes français d'aujourd'hui, P.U.F., col. "Que sais-je ? n° 1279, 1967, pp. 116/17.

NOTES JMS : 

(1) Cf. not. sur ce site : https://jmsauvage.fr/dictionnaire-des-citations/nihilisme

(2) À ce propos, dans sa note en bas de page, Pierre Trotignon écrit : 

"[...] sous la plume de Jacques Lacan, on lit, par exemple :

"Considérons, par exemple, la sentence que nous avons épinglée à notre préface. Son style, d'être embarrassé de redondances vous paraîtra peut-être plat. Mais que vous l'en allégiez, et sa hardiesse s'offrira à l'enthousiasme qu'elle mérite : Oyez : "Parfaupe orecluspa nannanbryle anaphi ologi psysoscline ixispad anlana - égnia kune n'rbiol'ô têtumaine ennouconç..." (Écrits*, p. 299, n. 1).

* Cf. not. : https://fr.wikipedia.org/wiki/Écrits ; https://www.babelio.com/serie/crits-Lacan/3129

et https://www.persee.fr/doc/homso_0018-4306_1967_num_3_1_1001